L'union pour contrer les arnaques financières sur Internet

ECONOMIE Le Parquet de Paris, la Répression des fraudes, le gendarme de la Bourse et celui des banques vont unir leurs forces pour tenter d'enrayer l'explosion des arnaques financières sur internet, qui auraient causé 4,5 milliards de pertes en six ans…

C.P.

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Le siège de l'Autorité des marchés financiers (AMF) à Paris.

Le siège de l'Autorité des marchés financiers (AMF) à Paris. — PRM/SIPA

Un gouffre financier et des pratiques commerciales redoutables. Ce jeudi, lors d’une conférence de presse commune, le parquet de Paris, la Répression des fraudes (DGCCRF), l’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) — respectivement gendarmes de la Bourse et des banques, ont lancé une nouvelle fois l’alerte contre les arnaques financières visant les particuliers.

Le trading spéculatif dans le viseur

Dans leur collimateur : les offres de crédit frauduleuses qui se multiplient », ou encore les diamants, le vin ou les forêts exotiques, qui servent d’appât pour des arnaques, le tout agrémenté de fraudes bancaires et d’usurpations d’identité.

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Mais leur principale cible reste encore et toujours les sites de trading en ligne illégaux, notamment via des options binaires ou sur le marché des changes ou Forex, l’un des plus grands marchés financiers mondiaux, sur lequel s’échangent les monnaies, ouvert 24 heures sur 24 mais pas régulé, contrairement à ceux dédiés aux actions. Les méthodes commerciales employées sont « redoutables » et les « produits extrêmement dangereux pour les particuliers », souligne Benoît de Juvigny, secrétaire général de l’AMF.

Depuis six ans, ces sites de trading binaires se multiplient sur la toile, avec pas moins de 360 sites non autorisés répertoriés en 2015, contre 4 sites en 2010… tandis que le nombre de réclamations auprès de l’AMF a été lui multiplié par 25 !

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Et l’offensive commerciale de ces opérateurs ne faiblit pas : selon un sondage réalisé en novembre par le gendarme de la Bourse, « 28 % des Français auraient ainsi été contactés ou démarchés pour investir dans ce type de placements ».

En 2015, 44 % des nouvelles publicités sur Internet pour des placements financiers concernaient ainsi le trading très spéculatif. Pire, ces arnaques financières en ligne trouvent aujourd’hui une nouvelle exposition à travers le sponsoring sportif.

En sponsorisant des grandes équipes de foot, des plateformes opérant sur le Forex se sont assurées « une visibilité massive » auprès de particuliers d’autant plus vulnérables qu’ils étaient attirés par le logo de leurs clubs préférés, soulignent les autorités.

Une arnaque à grande échelle qui se solde par des pertes colossales. Selon un document dévoilé par le procureur de la République de Paris François Molins ces sites illégaux de trading en ligne binaires seraient à l’origine de 4,5 milliards d’euros de pertes sur 6 ans. Soit plus que la perte attribuée aux fraudes à la TVA sur les quotas de carbone, pourtant qualifiées à l’époque de « casse du siècle » avec une perte estimée à 2 milliards d’euros pour l’Etat.

L’information comme principale arme

Pour les quatre organisations, le travail d’information auprès du grand public reste donc plus que jamais le nerf de la guerre contre ces acteurs.

« La promesse d’un gain facile est un leurre absolu » a rappelé le procureur. « La poule aux œufs d’or n’existe pas », martèle pour sa part l’AMF, qui recommande de « fuir » le Forex et de toujours vérifier préalablement « si votre interlocuteur est habilité à fournir des services financiers ».

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