Un homme inspecte une voiture d'occasion (illustration).
Un homme inspecte une voiture d'occasion (illustration). - Andy Wong/AP/Sipa

EXCLUSIF Les Français se méfient des vendeurs de véhicules d’occasion, en particulier sur les sites Internet dont ce n’est pas la spécialité, révèle une étude...

Le marché de l’occasion est-il une voie de garage ? Avec 5,6 millions de véhicules immatriculés en 2015, contre 1,9 sur le marché du neuf, les chiffres semblent clairement dire le contraire. Et pourtant, l’occasion continue de traîner l’image d’une route secondaire, où les bonnes affaires se mêlent aux arnaques.

La preuve avec cette dernière étude réalisée par Opinion Way pour le site Internet La Centrale*, que 20 Minutes a pu consulter en avant-première. Si le marché de l’occasion y apparaît comme un endroit où l’on peut s’offrir un véhicule dont l’état est proche du neuf (pour 62 % des sondés) et qui ne subira pas la décote rapide des véhicules neufs (52 %), il fait aussi très peur aux consommateurs. 84 % d’entre eux estiment que les arnaques y sont nombreuses, et 70 % qu’il est plus risqué d’acheter un véhicule d’occasion qu’un véhicule neuf.

Extrait d'une étude Opinionway pour La Centrale sur le marché de l'occasion automobile (mars 2016).
Extrait d'une étude Opinionway pour La Centrale sur le marché de l'occasion automobile (mars 2016). - OPINIONWAY / LA CENTRALE

Les généralistes, vainqueur au prix

Le détail des chiffres introduit toutefois de la nuance dans ce constat. Plus que le marché de l’occasion en lui-même, c’est en réalité le particulier à particulier qui inquiète les Français. Face aux garagistes et aux concessionnaires, les annonces Internet et papier ne sont privilégiées que sur les critères du choix (54 % pour les annonces en ligne + 13 % pour celles des journaux et magazines) et du prix (57 % + 18 %). Pour le reste – les garanties concernant le véhicule, son état, la simplicité de l’achat-, les personnes sondées préfèrent s’adresser à un professionnel. A raison ?

Extrait d'une étude Opinionway pour La Centrale sur le marché de l'occasion automobile (mars 2016).
Extrait d'une étude Opinionway pour La Centrale sur le marché de l'occasion automobile (mars 2016). - OPINIONWAY / LA CENTRALE

Jérôme Ponsin, directeur général de La Centrale insiste pour « distinguer les spécialistes comme nous et les généralistes », comme Le Bon Coin et ParuVendu. De fait, les consommateurs font clairement eux-mêmes la différence. Lorsqu’ils comparent les deux types d’annonceurs, ils donnent en effet largement leur préférence aux spécialistes sur les critères de l’état du véhicule (75 %), de l’accompagnement (75 %) ou des garanties concernant le véhicule (73 %) ; les généralistes l’emportent uniquement sur le critère, certes essentiel, du prix.

Extrait d'une étude Opinionway pour La Centrale sur le marché de l'occasion automobile (mars 2016).
Extrait d'une étude Opinionway pour La Centrale sur le marché de l'occasion automobile (mars 2016). - OPINIONWAY / LA CENTRALE

L’appel à un ami

Ces dernières années, il faut dire que les acteurs spécialisés ont investi dans la sécurisation du système pour contrer l’explosion réelle des fraudes avec le développement d’Internet. « A La Centrale, nous vérifions systématiquement les immatriculations du véhicule ainsi que l’identité du vendeur, et nous surveillons son comportement – quelqu’un qui va essayer de vendre cinq Porsche va attirer notre attention, par exemple… », vante ainsi Jérôme Ponsin.

Sur toutes les plateformes, quelles qu’elles soient, l’acheteur doit tout de même prendre quelques précautions pour se prémunir des vices cachés et des mensonges sur l’historique du véhicule. « D’une manière générale, il faut faire attention aux bonnes affaires, prévient Flavien Neuvy, directeur de l’Observatoire Cetelem de l’automobile, comme par exemple les véhicules en dessous de l’Argus sans explication, avec un faible kilométrage. Et il ne faut pas hésiter à se faire aider par quelqu’un qui s’y connaît. »

Un contrat pour tout régler ?

Malgré tout, le risque zéro n’existe pas, reconnaît Jérôme Ponsin. Car « en France, l’historique des véhicules, qui pouvaient jusqu’à récemment changer d’immatriculation, n’a jamais été établi en toute clarté », regrette-t-il. Aujourd’hui, 5 à 10 % du parc d’occasion aurait par ailleurs un compteur kilométrique trafiqué, ajoute Pierre Chasseray, le délégué général de l’association 40 Millions d’automobilistes. Quant aux vices cachés, « il peut être compliqué de prouver que le vendeur était au courant », précise Jérôme Ponsin.

Pour améliorer les choses, le sénateur de la Vienne Alain Fouché a rédigé une proposition de loi rendant obligatoire le contrat écrit pour toute vente d’un véhicule d’occasion, qui attend encore d’être intégrée à un texte plus large au Sénat. « Ce document coucherait sur papier les informations essentielles concernant le vendeur et le véhicule, comme son kilométrage », indique Pierre Chasseray, qui soutient la mesure. Surtout, ce contrat indiquerait si le véhicule a fait l’objet d’une expertise, dont le rôle serait notamment de certifier le kilométrage. « Le cas échéant, l’acheteur serait couvert en cas de vice caché », promet Pierre Chasseray.

*L’étude a été réalisée du 12 au 15 février 2016 selon la méthode des quotas auprès d’un échantillon de 1.004 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

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