RSA. Illustration.
RSA. Illustration. - P.MAGNIEN / 20 MINUTES

INTERVIEW Stéphane Troussel, président socialiste du Conseil général de Seine-Saint-Denis, réclame de nouvelles règles en matière de financement du RSA...

A cause de la crise, de plus en plus de personnes basculent dans le RSA, ce qui plombe le budget des Départements. Certains sont au bord de l’asphyxie et tous réclament un changement de modèle. C’est l’objet d’une réunion qui s'est tenue ce mardi. Stéphane Troussel, président socialiste du Conseil général de Seine-Saint-Denis, est particulièrement mobilisé, lui qui pilote le département ayant la plus forte proportion d’allocataires du RSA : près de sept habitants sur 100 sont concernés. Rencontre.

Quel budget consacrez-vous chaque année au versement du RSA ?

En 2014, il s’élevait à 420 millions d’euros. En 2015, il atteignait 445 millions. Et cette année, il nous faudrait trouver 485 millions ! Mais je le refuse : comme l’an dernier, je consacrerai 445 millions au financement du RSA et pas un euro de plus. Je ne décide pas du montant du RSA, ni de ses critères d’attribution, je n’ai donc aucune marge de manœuvre sur cette politique, mais l’Etat me demande de la payer sur mon propre budget. Car lui participe de moins en moins : en 2004, il prenait en charge 90 % de la dépense, désormais, c’est moins de 60 %. Je dis que cela suffit !

>> A lire aussi : En cas de deux refus d'offres d'emploi, Eric Ciotti (LR) veut suspendre le RSA

Vous voulez consacrer « seulement » 445 millions au RSA. Cela veut-il dire qu’une fois cette somme dépensée, les allocataires de Seine-Saint-Denis ne recevront plus leur RSA ?

Non, cela veut dire que j’attends de l’Etat qu’il complète la somme manquante. Il l’a fait l’an dernier : il a donné 50 millions d’euros à 10 départements qui se trouvaient dans une impasse budgétaire. Notre Conseil général en faisait partie : nous avons perçu 5 millions d’euros. L’Etat doit à nouveau nous aider, mais de manière bien plus conséquente. Cette année, 30 à 40 départements ne disposeraient pas des fonds suffisants. Et le nombre d’allocataires ne cessant de progresser, la somme grossit elle aussi. Comme je vous l’ai dit : notre département qui avait besoin l’an dernier de 5 millions, réclame cette année 40 millions.

>> A lire aussi : Comment vit-on avec moins de 1.000 euros par mois?

Tout devrait s’arranger en 2017, puisque Manuel Valls s’est engagé la semaine dernière à « recentraliser » le RSA. Autrement dit, l’Etat reprendra en charge l’intégralité du financement…

Non, l’Etat ne prendra pas en charge 100 % du montant du RSA, il promet seulement d’assumer 100 % de la hausse du RSA. C’est une avancée, mais ce n’est pas suffisant. Je veux que le gouvernement s’engage à présent à ne pas traiter tous les Conseils généraux de la même manière. Je m’explique : je suis à la tête du département le plus pauvre de France. J’ai le même nombre d’habitants que les Hauts-de-Seine, mais deux fois plus d’allocataires RSA. Si les départements continuent à être traités de la même manière, les habitants de Seine-Saint-Denis continueront à payer deux fois plus que ceux des Hauts-de-Seine pour financer le RSA, alors qu’ils sont plus pauvres !

>> A lire aussi La France viole la charte sociale européenne en matière d'aide aux plus démunis

Concrètement, de quelle manière vos administrés payent-ils plus ?

D’abord à travers les impôts. Par exemple, la part prélevée par le département dans la taxe foncière est de 14,88 % en Seine-Saint-Denis, contre seulement 7 % dans les Hauts-de-Seine. Et puis, pour trouver l’argent nécessaire au financement du RSA, nous sommes obligés de réaliser des économies. Certaines sont faciles – nous avons par exemple supprimé toutes les cérémonies de vœux – mais d’autres sont plus douloureuses : nous baissons les budgets sur l’entretien des routes, sur la création d’équipements sportifs, sur la rénovation de structures culturelles, sur les subventions aux associations… La vérité, c’est que depuis la décentralisation du RSA en 2004, l’Etat fait payer par les pauvres la solidarité envers les plus pauvres. Ce n’est pas juste et ce n’est plus acceptable.

Mots-clés :