Des cochons dans une ferme de Locronan, le 18 août 2015
Des cochons dans une ferme de Locronan, le 18 août 2015 - FRED TANNEAU AFP

SECTEUR Pour sauver l’agriculture made in France, plusieurs voix s’élèvent pour demander un changement de modèle agricole...

« Fumier », « bon à rien », « connard ». C’est par ces insultes que François Hollande a été accueilli samedi matin lors de son arrivée au Salon de l’agriculture. Le président a tenté de dédramatiser les faits en déclarant : « Les cris de détresse, je les entends. La colère, je préfère qu’elle s’exprime à l’occasion de ce salon qu’à l’extérieur ».

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Il faut dire que le monde agricole français traverse une crise sans précédent. La chute des prix le frappe de plein fouet et que ce soit dans la volaille, le porc ou les fruits et légumes, les agriculteurs tricolores ne cessent de perdre des parts de marché par rapport à leurs concurrents européens et mondiaux.

Développer le modèle agro-écologique

La France est-elle sur le point de perdre son agriculture, comme elle a jadis perdu son savoir-faire textile ou son industrie sidérurgique ? Hubert Garaud, président de Terrena, une coopérative de 25.000 agriculteurs, ne le pense pas. Dans l’ouvrage Les agriculteurs à la reconquête du monde, rédigé avec l’ingénieur agronome Maximilien Rouer (éditions JC Lattès), il affirme que l’agriculture française va au contraire sauver la France. A une condition toutefois : « Que les professionnels revoient en profondeur leur façon de travailler ».

« Nous devons monter en qualité, en conjuguant économie et écologie », explique l’agriculteur à 20 Minutes. Ce qu’il prône, c’est le développement de l’agriculture « écologiquement intensive », ou agro-écologie.

Un terme qui a le vent en poupe depuis quatre ans. Le principe ? Produire autant, voire plus, grâce à la régulation écologique. L’idée n’est pas nouvelle, mais ce qui l’est, c’est le foisonnement d’initiatives sur le terrain.

« Par exemple, dans mes exploitations, pour lutter contre le méligèthe, un insecte qui ravage le colza, je plante toujours deux variétés de colza, l’une à 5 %, l’autre à 95 %. Quand la première, plus précoce, fleurit, elle est attaquée par les méligèthes et donc perdue. Mais quand la deuxième variété produit ses fleurs, les méligèthes ont terminé leur cycle biologique et ne les attaquent pas. De cette manière, nous n’avons pas à utiliser d’insecticides », détaille Hubert Garaud.

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Cette agriculture écologiquement intensive séduit aussi le gouvernement. Le ministre Stéphane Le Foll a présenté dès 2012 son « projet agro-écologique pour la France » et une loi a été votée en septembre 2014. La première action a été le lancement en janvier 2015 du plan Ecophyto II, qui vise à réduire de moitié l’utilisation des produits phytosanitaires d’ici à 2025.

Mais il n’a pas été accueilli avec grand enthousiasme par une partie de la profession, qui l’a assimilé à une contrainte supplémentaire. Pourtant, « sur le terrain, de nombreux agriculteurs démontrent chaque jour que cet objectif est possible à atteindre », insiste Jean-Claude Bévillard, responsable des questions agricoles à France Nature Environnement (FNE).

« Nous devons le faire rapidement »

C’est ce que prouve Philippe, céréalier dans le Cher, qui a réduit de 40 % l’usage de pesticides en introduisant de nouvelles cultures dans sa rotation et en détruisant des mauvaises herbes par le labour. Ou encore Jean-Pierre, producteur de fruits dans les Alpes-Maritimes, qui a réduit ses traitements de 76,5 % en installant des habitats favorables aux prédateurs des ravageurs et en pulvérisant de l’argile.

Pour Hubert Garaud comme pour la FNE, c’est à présent aux politiques et aux réseaux institutionnels de diffuser au plus grand nombre ces techniques. « Je pense que nous pouvons devenir le leader européen, voire mondial, de l’aliment écologique. Mais nous devons le faire rapidement, car d’autres pays commencent à s’engager dans cette voie, comme le Brésil », conclut Hubert Garaud.

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