Le «made in France» à l'honneur dans les rayons d'un hypermarché Auchan à Clamart.
Le «made in France» à l'honneur dans les rayons d'un hypermarché Auchan à Clamart. - PFG / SIPA

COMMERCE Le boom des exportations françaises l’an dernier se résume en trois mots : euro, Europe et Made in France. Explications...

Cocorico ! En 2015, les entreprises françaises ont su séduire à l’étranger. Leurs ventes hors des frontières nationales ont progressé de 4,3 % en valeur par rapport à l’année précédente, révèlent ce vendredi les Douanes. Concrètement, les PME et groupes tricolores ont vendu pour plus de 455 milliards d’euros de marchandises à l’international. Un véritable record, pulvérisant celui de 2012 (442 milliards d’euros). « Les exportateurs français ont capté près de 19 milliards d’euros supplémentaires sur les marchés extérieurs en 2015. A l’heure des bilans, celui du commerce extérieur est donc particulièrement bon », souligne Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture du groupe Xerfi. Grâce à quoi ? La réponse en quatre points.

Grâce à une monnaie moins chère

Comme prévu, la baisse de la valeur de l’euro par rapport au dollar a fortement aidé les exportateurs français. D’abord, bien sûr à l’extérieur des frontières européennes, puisque les prix de leurs produits ont mécaniquement baissé et sont donc devenus plus compétitifs. Ainsi, les exportations vers les pays tiers, c’est-à-dire situés hors de l’Union européenne, ont bondi de 7,4 % après avoir reculé en 2014 de 1,6 %, précisent les Douanes.

Mais la baisse de l’euro a également dopé les exportations tricolores dans la zone euro. « La stabilisation de notre monnaie depuis mars dernier » a en effet « renchéri les importations venues du grand large », précise Alexandre Mirlicourtois, incitant Français et Européens à acheter plus local. De fait, les ventes françaises vers les pays de l’Union européenne ont augmenté de 2,2 % en 2015.

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Grâce au marché européen

Les experts ont longtemps reproché à la France de réaliser la majorité de ses ventes – environ 60 % – sur le territoire européen, au lieu de viser les pays émergents, plus dynamiques. Mais la donne a changé en 2015 : la demande des émergents s’est essoufflée alors que celle des pays du Sud de l’Europe et principalement de l’Espagne, mais aussi de l’Allemagne et du Royaume-Uni est repartie à la hausse.

Alexandre Mirlicourtois insiste : « Longtemps considérée comme le talon d’Achille du commerce extérieur, la concentration des exportations sur le vieux continent protège aujourd’hui les industriels français du retournement des marchés émergents et de leurs conséquences en cascade. L’exemple de la Russie est frappant : les exportations françaises sur ce marché se sont effondrées de 33 % l’année dernière ».

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Grâce à la valeur du « made in France »

Moins chère, grâce à la baisse de la valeur de l’euro, l’offre « made in France » est redevenue compétitive et a séduit de par sa technicité et sa réputation. Les livraisons de matériels aéronautiques et d’automobiles ont particulièrement cartonné, tout comme les ventes de produits de luxe ainsi que celles de biens d’équipement, avancent les Douanes. Les exportations de produits agroalimentaires se sont également redressées (+2,9 % en 2015 après -1 % en 2014), « tirées par les boissons, notamment les champagnes à destination des pays anglo-saxons, le Cognac aux Etats-Unis et les vins et spiritueux à la Chine ».

Plus généralement, « les livraisons françaises sur le marché américain ont bondi de 20 %, soit une hausse dix fois plus rapide qu’en 2014. Mais le plus surprenant n’est pas là : malgré la chute du baril et ses conséquences sur les recettes pétrolières des pays du Proche et du Moyen-Orient, les exportations françaises y sont en hausse de 13 % et le solde avec cette zone est excédentaire de près de 6 milliards d’euros », se réjouit Alexandre Mirlicourtois.

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Mais peut encore mieux faire

Comme le rappelle Alexandre Mirlicourtois, « la France a gagné des parts de marché à l’export en 2015 et il y a bien longtemps que cela n’était pas arrivé ». Mais il ne faut pas crier victoire trop vite, d’abord parce que le solde commercial industriel reste très déficitaire. « L’industrie française (hors produits énergétiques raffinés) exporte beaucoup, mais elle importe encore plus et le déficit reste important, à près de 26 milliards d’euros », détaille Alexandre Mirlicourtois.

« C’est en partie la conséquence de l’internationalisation des chaînes de valeur et des processus de production ces dernières années », ajoute l’expert. Autrement dit, nous sommes aujourd’hui encore loin de l’objectif fixé en 2012 par le gouvernement socialiste, à savoir réduire le déficit commercial de la France à zéro en 2017, hors énergie.

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