QUESTIONS-REPONSES - Une fusion pour quoi faire?...
Pourquoi Suez et GDF fusionnent?
Au départ, l'idée de la fusion avait été avancée pour protéger Suez d'une OPA de l'italien Enel. Mais le groupe italien a renoncé à son projet dès mars 2006. Le projet est pourtant resté d'actualité, porté par le volontarisme du gouvernement. Pourtant, Bruxelles estime que la fusion risque de poser des problèmes de concurrence et le Conseil constitutionnel reporte la fusion après le 1er juillet 2007. Après son élection Nicolas Sarkozy reprend le dossier, avec un objectif: créer un géant dans le domaine de l'énergie. Selon François Fillon, le projet initial était «défensif», mais la fusion a été décidée pour des raisons «offensives»:
doter la France «d'un deuxième géant de l'énergie».
Qu'est ce qui bloquait?
Le projet de fusion a été pour évoquée la première fois en février 2006, c'est dire si les choses ont traîné. Principal point d'achoppement, le déséquilibre entre les deux groupes. Suez pesait 55 milliards d'euros, Gaz de France 35. Difficile de monter une fusion paritaire. Dans le projet initial, l'échange se faisait sur la base d'une action Suez pour une action GDF, auquel s'ajoutait le versement d'un dividende exceptionnel d'un euro aux actionnaires de Suez. Ce que l'Etat ne pouvait pas avaliser.
Après de nombreux atermoiements, le gouvernement a persuadé Suez de se séparer de son pôle environnement, valorisé entre 18 et 20 milliards. Un coup dur pour Suez, qui a longtemps tenté de conserver sa filiale Suez-Environnement, coleader mondial de l'environnement. La nouvelle parité a été fixée à 22 actions Suez pour 21 actions GDF, soit une action Suez pour 0,9545 action GDF.
Quel rôle a joué Nicolas Sarkozy?
Enorme, selon tous les acteurs. La fusion est un succès à mettre à l'actif du président de la République,
alors qu'il avait été plutôt réticent sur le dossier quand Dominique de Villepin l'avait initiée. «Ce contexte politique ne pouvait qu'être favorable à l'intervention de Nicolas Sarkozy, qui réussit là un coup de maître», estime Philipe Lamm, l'éditorialiste des «Echos». De quoi déclencher l'ire des socialistes. «Nicolas Sarkozy décide de tout. Il a décidé de la fusion qu'il condamnait il y a peu», attaque François Hollande qui dénonce «le bon vouloir du prince».
Privatisation de GDF ou renationalisation de Suez?
La question est sensible. Alors qu'il n'était pas encore Président, Nicolas Sarkozy s'était engagé à ne pas «privatiser» Gaz de France. Quelques minutes après l'annonce officielle de la fusion, l
e Premier ministre François Fillon a insisté sur le fait que l'Etat gardait le «contrôle» du groupe constitué par la fusion de GDF et Suez, avec une participation du secteur public «d'environ 40%» dans la nouvelle entité. «40% de GDF et Suez, je pense que c'est mieux que 70 ou 80% de GDF tout seul».
Les prix du gaz vont-ils flamber?
C'est la grande crainte des usagers. Depuis 1946, l'Etat fixe les tarifs d'EDF et de GDF, une situation qui a perduré malgré la libéralisation du marché de l'énergie décidée au niveau européen. Les prix sont bas. Trop? Pour les syndicalistes, cette fusion ouvrira la voie à la libéralisation des tarifs, qui risquent d'augmenter. «La privatisation de GDF est un choix politique que les Français désapprouvent, assure Frédéric Imbrecht, secrétaire général de la fédération CGT de l'Energie. Si l'Etat devient minoritaire, c'est la fin des tarifs administrés pour le gaz.»
Que va devenir Suez-Environnement?
C'est un peu l'agneau sacrifié sur l'autel de la fusion. Suez va introduire en bourse 65% du coleader mondial de l'environnement. Le nouveau groupe GDF-Suez gardera une minorité de blocage, 34% du capital. De quoi aiguiser les appétits d'autres grands du secteur, comme Veolia Environnement ou GE Electric.
Est-ce le début de grandes manœuvres dans le secteur de l'énergie?
L'annonce de cette fusion relance les spéculations sur d'éventuels mouvements autour d'autres grands groupes. Au premier rang: Areva dont la patronne, Anne Lauvergeon, réclame une augmentation de capital. « Le sujet se pose, nous le savons bien, mais ce n'est pas une question d'actualité»,
a expliqué dimanche soir Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée. Martin Bouygues, proche de Nicolas Sarkozy, a confirmé qu'il était toujours intéressé par un rapprochement des principaux acteurs du nucléaire. «Avec la participation d'Alstom et le savoir-faire de Bouygues et d'Areva, il y a de quoi faire un pôle nucléaire français particulièrement dynamique.»
Pierre Koetschet