Une employée de Pôle emploi discute avec une chômeuse à Lille le 16 décembre 2015
Une employée de Pôle emploi discute avec une chômeuse à Lille le 16 décembre 2015 - PHILIPPE HUGUEN AFP

SOCIAL La croissance atteint un niveau inégalé depuis trois ans. Le chômage aussi. Pourquoi ? « 20 Minutes » fait le point...

Michel Sapin est satisfait. Le ministre chargé des Finances de la France s’est réjoui ce vendredi : après trois années de quasi-stagnation, la richesse nationale du pays a progressé de 1,1 % l’an dernier. Rappelons qu’en 2014, le produit intérieur brut (PIB) avait enregistré une hausse d’à peine 0,2 %…

La croissance est donc de retour. Mais à qui profite-t-elle ? Pas à l’emploi, puisque dans le même temps, le chômage a augmenté et fortement, avec une hausse de 2,6 % sur un an. Pour l’économiste Philippe Crevel, la hausse du PIB de 1,1 % a tout simplement été « insuffisant pour réduire le chômage ».

Son confrère Marc Touati dresse le même constat, lui qui évoque « une reprise Chamallow pour un chômage Carambar ». Il rappelle que sur l’ensemble de l’année 2015, le chômage a frappé 340.500 nouvelles personnes. Le nombre total de demandeurs d’emploi dépasse désormais les 6,5 millions de personnes… « Une vraie horreur économique, qui n’a pourtant quasiment pas été évoquée sur la scène médiatique, monopolisée par Madame Taubira, les « contrats iraniens » et la grève des taxis », s’agace l’économiste.

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Un simple « début d’embellie »

Bruno Cavalier, chef économiste d’Oddo Securities, balaie lui aussi l’idée de « reprise économique » défendue par Michel Sapin, préférant évoquer un simple « début d’embellie », insuffisant « à enclencher une reprise de l’emploi et une baisse du chômage ».

Pour Jean-Paul Betbèze, auteur de La guerre des mondialisations, paru aux éditions Economica, le niveau de croissance compte peu. Ce qui compte en revanche, c’est « la profitabilité des entreprises et leurs perspectives, qui ne sont toujours pas suffisantes pour les inciter à embaucher. Sans compter le développement des nouvelles technologies qui entraînent des gains de productivité considérables et limitent de fait les recrutements ».

Si la croissance n’a pas servi l’emploi, a-t-elle au moins profité aux Français ? « En théorie, la croissance profite à tous. Mais cela dépend d’où elle vient. En France, ce ne sont pas l’investissement ou l’export qui « font » la croissance, c’est la consommation », répond Jean-Paul Betbèze. Grâce à l’inflation nulle, cela a encore été le cas en 2015. Autrement dit, ce sont les Français qui ont profité à la croissance plus que l’inverse.

Ce rebond du pouvoir d’achat aurait pu bénéficier à l’économie tricolore… Si les citoyens n’avaient pas acheté principalement des produits importés. Les importations ont en effet explosé : « En 2015, leur hausse est de 6,1 %, environ six fois celle de la croissance de la demande intérieure », avance Bruno Cavalier. « Ce résultat est le signe de l’incapacité de l’offre domestique à servir à un coût concurrentiel la demande intérieure ».

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Le chômage pas prêt de baisser

La croissance n’a pas non plus relancé l’investissement des ménages, qui est resté moribond, comme le détaille Marc Touati : « Après avoir baissé de 5,3 % en 2014, il a encore reculé de 3 % en 2015. Comparativement à son précédent sommet du quatrième trimestre 2007, il enregistre une chute de 24,2 % ! ».

Qu’en sera-t-il cette année ? Sauf bouleversement majeur, la croissance sera encore plus soutenue qu’en 2015, avec une progression attendue de l’ordre de 1,5 %. Mais elle ne profitera toujours pas à l’emploi.

Si Michel Sapin pourra se réjouir en mettant en avant une nouvelle hausse, ce ne sera toujours pas le cas de Myriam El Khomri, la ministre du Travail. Ni du président François Hollande qui, rappelons-le, a fait de l’inversion de la courbe du chômage la condition sine qua non de sa candidature à la présidentielle de 2017.

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