Le logo de la banque JP Morgan Chase à son siège de New York, le 13 juillet 2012
Le logo de la banque JP Morgan Chase à son siège de New York, le 13 juillet 2012 - TIMOTHY A. CLARY AFP

Wall Street fait campagne... en Europe : de grandes banques américaines, dont le siège européen est à Londres, financent la campagne contre la sortie de la Grande-Bretagne de l'UE, une manœuvre inhabituelle et peut-être risquée.

Wall Street fait campagne... en Europe : de grandes banques américaines, dont le siège européen est à Londres, financent la campagne contre la sortie de la Grande-Bretagne de l'UE, une manœuvre inhabituelle et peut-être risquée.

Selon une source proche du dossier, Goldman Sachs, la plus influente banque au monde, a donné des centaines de milliers de livres à «Britain Stronger in Europe» («La Grande-Bretagne plus forte en Europe»), une campagne lancée en octobre dernier par l'homme d'affaires et ancien patron de Marks and Spencer Stuart Rose, en vue du référendum sur le maintien ou non promis par le Premier ministre David Cameron d'ici à la fin de 2017.

Il est plus que probable que JPMorgan Chase, première banque américaine en termes d'actifs, Bank of America et Morgan Stanley vont lui emboîter le pas, ont indiqué à l'AFP d'autres sources proches du dossier. Citigroup est la seule qui devrait s'abstenir.

En attendant que soient fixées les règles de ce référendum, la loi locale n'interdit pas aux multinationales de faire des donations.

Contactés par l'AFP, les cinq établissements, qui ont installé leur siège européen à Londres dans les années 70 pour son fuseau horaire calé entre l'Asie et l'Amérique et y emploient quelque 40.000 personnes, se sont refusés à tout commentaire.

L'enjeu est important parce que d'être présent à la City permet aux grandes banques américaines de profiter des avantages octroyés par des accords passés entre Londres et Bruxelles.

Elles exercent, par exemple, leurs activités dans les autres pays membres de l'UE sans avoir à requérir de licence spécifique, ce qui ne serait vraisemblablement plus le cas s'il y avait un «Brexit» (contraction de «Britain» et «exit» qui fait référence à une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne).

«Cela va perturber les activités», confie à l'AFP un banquier américain sous couvert d'anonymat. Il explique que le Brexit risquerait de fermer aux banques américaines les portes de l'Union, un marché de 500 millions de personnes

Elles devraient par exemple, selon lui, renégocier chaque crédit accordé, une grande majorité de tous les contrats de produits financiers (CDS, dérivés).

Il leur faudrait aussi trouver une nouvelle terre d'accueil pour les opérations de compensation en euros qui peuvent aujourd'hui se faire à Londres car le pays fait partie de l'UE même s'il n'a pas adopté la monnaie unique européenne.

- Paris, Francfort ou Dublin -

Alors qu'elles dénoncent déjà le millefeuille législatif apparu après la crise de 2008, les grandes banques américaines devraient rendre des comptes à un régulateur supplémentaire, la Banque centrale européenne (BCE), réputé moins accommodant.

«Ce qui est sûr c'est qu'on ne fera plus les affaires comme avant», explique à l'AFP un banquier américain travaillant à la City.

Pour ne pas être prises de court, JPMorgan Chase, Citigroup, Bank of America, Morgan Stanley et Goldman Sachs étudient en interne des alternatives à Londres malgré le coût d'un tel transfert, selon des sources proches du milieu bancaire.

Paris et Francfort, qui ont l'avantage d'être d'importantes places financières, font partie des solutions de repli, de même que Dublin, à la fiscalité souple.

«La Grande-Bretagne est une grande terre d'accueil pour les institutions financières et son appartenance à l'Union européenne a profité pas mal à Londres. Nous voulons y rester», a déclaré jeudi Jamie Dimon le PDG de JPMorgan, en marge du forum économique de Davos (Suisse).

Le dirigeant reconnaît toutefois que l'activisme américain pourrait être mal perçu en Grande-Bretagne. «J'aurais souhaité qu'on n'ait pas à le faire (car) je n'ai pas à dire au peuple britannique ce qu'il a à faire», souligne-t-il.

Les eurosceptiques britanniques se sont engouffrés dans la brèche, à l'instar de Nigel Farage, le leader du parti anti-immigration Ukip, qui a qualifié les contributions financières des banques américaines d'«alliance contre-nature» avec la politique.

Au-delà des banques, les milieux d'affaires sont dans l'ensemble favorables au maintien du Royaume-Uni dans l'UE. Fin 2013, le PDG de Renault-Nissan, Carlos Ghosn, avait prévenu que le groupe automobile «reconsidérerait sa stratégie et ses investissements» en cas de «Brexit».

Pour convaincre ses concitoyens du bien-fondé de rester dans l'Union, le Premier ministre David Cameron a demandé à ses partenaires de l'UE des réformes que ceux-ci sont en train d'examiner.

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