Stéphane Richard, le PDG d'Orange, à Villeurbanne , le 6 février 2014.
Stéphane Richard, le PDG d'Orange, à Villeurbanne , le 6 février 2014. - PHILIPPE DESMAZES / AFP

TELECOMS Le groupe se lance dans deux projets distincts de rachat...

Orange est sur tous les fronts. Après avoir annoncé lundi qu’il entrait en négociations exclusives avec Groupama en vue de l’acquisition de 65 % du capital de sa filiale bancaire, le groupe a confirmé ce mardi « la reprise de discussions préliminaires avec le groupe Bouygues » en vue d’un rachat de ses activités télécoms. Deux opérations distinctes dont la concomitance pose tout de même question : pourquoi une telle agressivité ?

Un groupe qui va mieux…

Plus de trois ans après l’arrivée de Free sur le marché du mobile, Orange n’a toujours pas totalement digéré la révolution, au même titre que SFR et Bouygues. Et pour cause : cette nouvelle concurrence a entraîné les prix vers le bas, à tel point que la France affiche désormais les tarifs les moins élevés des grands pays européens. « Sur la période, le marché a perdu 20 % de sa valeur », indique ainsi Stéphane Dubreuil, consultant spécialiste des télécoms. Toutefois, Orange va mieux depuis un an, observe un autre consultant, qui préfère rester anonyme en raison de la « sensibilité » du dossier. « Si SFR a perdu du terrain en raison de ses errements managériaux, Orange a réussi à conquérir des clients et s’est mieux remis de l’agression de Free », estime-t-il.

…mais qui a besoin de consolider ses positions…

Dans cet univers ultra-concurrentiel, les opérateurs savent qu’ils doivent réagir pour mieux résister. Stéphane Richard, le PDG d’Orange, l’a d’ailleurs indiqué lundi à l’AFP : son groupe « pense depuis un moment qu’il y a une certaine logique dans une consolidation en France ». Le rachat de Bouygues Télécom s’inscrit donc dans cette perspective. Le nouvel ensemble représenterait en théorie plus de 60 % de part de marché en valeur, et 54 % en ce qui concerne le nombre de clients, sur le mobile. Dans les faits, il ne devrait toutefois pas s’agir d’une fusion mais d’un « démembrement sous l’égide d’Orange », précise Stéphane Dubreuil. Une solution qui bénéficierait à l’ensemble des opérateurs et qui plairait à l’Etat en limitant la casse sociale. Concrètement, Orange rachèterait Bouygues Télécom pour dix milliards d’euros, puis revendrait cinq milliards d’actifs à Free et SFR.

…et de se diversifier

En parallèle, Orange se lance donc dans des discussions avec Groupama. Un mariage en apparence saugrenu, mais qui n’a pas étonné les spécialistes. En mars dernier, le groupe, qui propose déjà des services financiers en Afrique et en Pologne, avait en effet annoncé le lancement de sa banque mobile, à l’horizon 2017. Le rachat de Groupama Banque, la filiale bancaire du groupe d’assurance, permettrait donc tout simplement à Orange de s’offrir « un outil qui fonctionne, un parc de clients et tout l’aspect réglementaire déjà en place », selon Stéphane Richard. En outre, stratégiquement, « le groupe trouverait un relais de croissance à ses activités traditionnelles », ajoute Stéphane Dubreuil. Une course à laquelle se livrent nombre d’opérateurs ces temps-ci. « Cette opération s’inscrit clairement dans la tendance aux fusions et aux rachats de contenu, comme celui des droits de la Premier League par le groupe de Patrick Drahi par exemple », poursuit l’expert, qui compare cette stratégie à celle de Jean-Marie Messier à la tête de Vivendi, au tournant des années 2000. Le rachat, s’il devait se faire, ne révolutionnera toutefois ni l’activité d’Orange ni le secteur bancaire. Car « Groupama, ce n’est pas non plus BNP », résume un expert des télécoms.

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