Illustration sur le stress et la dépression au travail.
Illustration sur le stress et la dépression au travail. - CLOSON/ISOPIX/SIPA

TEMOIGNAGE A l'occasion de la Journée européenne de la dépression, « 20 Minutes » a rencontré un salarié victime du syndrome d'épuisement professionnel…

La souffrance psychique au travail ne cesse de gagner du terrain. D’après la dernière étude de l’Institut national de veille sanitaire (INVS), elle frapperait près de 480.000 salariés en France. Certains développent même un burn-out, thème de la 12e Journée européenne de la dépression, qui se tient à Paris ce vendredi (1). C’est le cas d’Arnaud Dupuis, 60 ans.

« A cette époque, j’avais honte de dire que je faisais un burn-out »

Arnaud Dupuis n’oubliera jamais ce matin de février 2004 où il tente de sortir du lit pour partir au travail. « J’ai essayé de bouger mes jambes mais mon corps ne m’obéissait plus. J’ai été pris de panique et j’ai commencé à pleurer. Mon épouse a contacté le médecin », raconte-t-il à 20 Minutes. Le généraliste donne des somnifères à Arnaud. Il dort, presque en continu, pendant six mois.

Mais comment justifier son absence auprès de son entreprise ? Arnaud est dans une position d’autant plus délicate qu’il en est le directeur général (DG). Il décide de jouer la carte de l’honnêteté avec ses plus proches collaborateurs. Ensemble, ils conviennent de dire aux autres salariés que « le patron est victime d’une mononucléose ». « A cette époque, j’avais honte de dire que je faisais un burn-out ».

« Mes niveaux de stress et de culpabilité étaient énormes »

Bien sûr, cette maladie n’est pas survenue du jour au lendemain. Un an avant « la rupture », Arnaud pilote une restructuration très dure. Il a d’ailleurs été nommé DG pour assurer ce redressement, qui passe par la fermeture d’usines et le licenciement de 300 des 600 salariés. « Mes niveaux de stress et de culpabilité étaient énormes. Ce que je devais faire était en total décalage avec mes valeurs. » Mais Arnaud veut mener à bien la mission qui lui a été confiée. Il prend sur lui. Ses insomnies, ses problèmes gastriques, ses pertes de mémoire ? Peu importe : il doit continuer. Pour l’entreprise.

Arnaud commence à s’écouter seulement après son burn-out. Après ses six mois de sommeil, il rencontre de multiples spécialistes – psys, acupuncteur, hypnotiseur, etc. – pour entamer sa « reconstruction » et se libérer de ses « croyances négatives » sur lui-même. Il change également tout dans sa vie : « J’ai installé mon bureau à deux minutes à pied de chez moi pour m’épargner les trois heures de transport quotidien que j’effectuais auparavant. J’ai renoué avec mes amis, je me suis mis à la poterie, au sport et à la méditation. J’ai changé mon alimentation ».

« Sept ans pour réellement retrouver le goût de la vie »

Au travail aussi, il change tout. A commencer par « son regard » sur ses collaborateurs. « Je me suis dit qu’au lieu de nous fixer des objectifs et de chercher à les atteindre, j’allais découvrir les talents de mes salariés. Je me suis beaucoup intéressé à eux, à ce qu’ils savaient et voulaient faire. » Avec cette stratégie, l’entreprise renoue rapidement avec l’équilibre financier, puis la croissance. Et puis, un jour, Arnaud décide d’assumer sa maladie. Il contacte l’association France dépression. Depuis, il anime bénévolement des séances pour aider des personnes en souffrance au travail.

Aujourd’hui, Arnaud n’a « plus du tout honte de cette période très douloureuse » de sa vie. Vaincre sa dépression a pris du temps, « sept ans pour réellement retrouver le goût de la vie et des autres ». Pendant toutes ces années, il a « porté des masques », « fait semblant » jusqu’à finalement « enfin retrouver le plaisir ». « Sortir du burn-out exige des soins, mais aussi une prise en main personnelle », assure-t-il. L’entreprise qu’il dirigeait a été revendue il y a un an et demi. Arnaud s’est depuis reconverti dans le coaching. Il accompagne des dirigeants dans la gestion des crises et du changement.

(1) Cette conférence, gratuite, est organisée par l’association France dépression à 14 heures au Palais du Luxembourg (VIe), avec pour invité d’honneur le psychiatre Patrick Légeron. L’inscription se fait par ici.

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