Des réfugiés installés à table dans un hall à Munich, en Allemagne le 7 septembre 2015.
Des réfugiés installés à table dans un hall à Munich, en Allemagne le 7 septembre 2015. - AFP

IMMIGRATION Des milliards débloqués, des milliers de migrants accueillis, l’Allemagne se démarque en Europe par sa politique migratoire généreuse…

Un eldorado pour beaucoup de réfugiés. Une chancelière décrite comme Mère Teresa par certains migrants. L’Allemagne s’apprête à accueillir 800.000 demandeurs d’asile en 2015, quand la France n’en attend que 60.000. La nuit dernière, le pouvoir a débloqué 6 milliards d’euros pour les réfugiés. Pourquoi l’Allemagne se montre aussi accueillante ?

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Des besoins démographiques

La question démographique s’avère primordiale pour expliquer cette politique d’accueil. La dénatalité allemande pose problème : en 2060, les plus de 65 ans atteindront presque le tiers de la population. « L’Allemagne va avoir un problème de financement des retraites, souligne Sylvain Fontan, économiste. Cette vague de migrants peut être une partie de la solution a fortiori si les personnes qui s’installent sont qualifiées ou qualifiables. »

Une économie favorable

La première économie d’Europe, avec un taux de chômage à 6,2 %, aura peu de difficulté à absorber des centaines de milliers de nouveaux travailleurs. Le marché de l’emploi a même besoin de main-d’œuvre dans certains domaines, comme la santé ou l’hôtellerie. « L’Allemagne est un pays exportateur, notamment dans l’industrie, rappelle Sylvain Fontan. Elle doit se préparer à renouveler les seniors dans la manutention, l’ingénierie. D’ailleurs, elle attire déjà des jeunes Grecs ou Espagnols diplômés depuis 2008. »

Les liens avec la Syrie

« Il existe des liens anciens entre la Syrie, qui était dans l’orbite soviétique, et l’Europe de l’Est, précise l’historien. Il y a d’ailleurs eu des immigrés syriens dès les années 1950 », souligne Serge Cosseron, historien de l’Allemagne. Autre fait marquant : « L’Allemagne n’ayant pas de force militaire, elle ne peut envoyer des troupes en Syrie, analyse l’historien. Elle amplifie donc son rôle civil dans la participation de l’Europe contre le terrorisme djihadiste au Moyen-Orient. »

Des vagues de migrants récentes

Si la repentance collective d’un pays encore marqué par la culpabilité liée au nazisme ne convainc pas Serge Cosseron, il associe cette politique d’accueil à l’histoire plus récente. Les Allemands ont fait face à un important déplacement des populations au moment de la réunification en 1989. « Mais ce pays est également habitué à recevoir des migrants, notamment après les guerres en ex-Yougoslavie. L’Allemagne dispose d’un réseau alternatif, religieux à travers une église protestante forte, qui explique que cette solidarité soit plus visible qu’ailleurs. En France, aucune migration n’a atteint les 100.000 personnes depuis le rapatriement des Français d’Algérie en 1962. »

Une manière de redorer son blason

L’image de ce pays souvent critiqué pour sa rigidité s’est totalement transformé ces dernières semaines. « L’Allemagne veut se démarquer de la politique de la Hongrie qui se rapproche de la discrimination raciale, explique Serge Cosseron. Cette générosité peut être une manière de se dédouaner après la rigidité dont certains l’accusent dans la renégociation de la dette grecque. »

Une moins grande poussée de l'extrême droite

Si des incidents, comme des incendies de foyers de migrants et manifestations de Pegida dévoilent une ambivalence des Allemands vis-à-vis des migrants, la poussée de l’extrême droite n’a pas la même force qu’en France. « Si on s’appuie sur les chiffres de l’électorat du Front national, entre 25 et 30 % des Français voient l’immigration comme un danger, rappelle Serge Cosseron. En Allemagne, cette proportion ne dépasse pas les 6 %. Les dirigeants français sont plus bloqués par cette poussée de l’extrême droite. »

Et pour Sylvain Fontan, économiste, la politique d’intégration explique aussi les moindres réticences allemandes. « En France, avec le droit du sol, un enfant né en France neuf mois après l’arrivée de ses parents obtiendra de facto la nationalité française, alors qu’en Allemagne, où prévaut le droit du sang, des familles turques qui vivent en Allemagne depuis des générations ne sont toujours pas allemandes. La question de l’accès au droit de vote s’avère plus problématique en France qu’en Allemagne.

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