Le jour de libération fiscale est fixé au 29 juillet pour l'année 2015 en France, selon le think tank Institut économique Molinari.
Le jour de libération fiscale est fixé au 29 juillet pour l'année 2015 en France, selon le think tank Institut économique Molinari. - ALLILI MOURAD/SIPA

IMPÔTS « 20 Minutes » fait le point sur le jour de « libération fiscale » fixé par l’Institut économique Molinari, une date à prendre avec des pincettes…

« Libéré ! » Le contribuable français pourra pousser ce cri de joie ce mercredi, selon un think tank franco-belge. À partir du 29 juillet 2015, vous cesserez de travailler pour payer vos prélèvements obligatoires et pourrez pleinement profiter du fruit de votre travail d’après l’étude de l’Institut économique Molinari (IEM), en partenariat avec le cabinet d’audit et de conseil Ernst & Young. Le calcul n’est pourtant pas si simple…

Comment cette date est-elle fixée ?

Le jour de libération fiscale, concept né en 1948 aux Etats-Unis, est la date symbolique à partir de laquelle vous cessez de payer les prélèvements obligatoires et pouvez user de vos revenus pour consommer et épargner. L’IEM établit chaque année depuis 2010 un calendrier européen à partir d’un spécimen moyen : un célibataire sans enfant, touchant le salaire brut moyen, dont sont retranchés l’impôt sur le revenu, les charges salariales et patronales et la TVA. Le montant restant est ensuite rapporté au nombre de jours dans l’année, pour fixer le jour à partir duquel vous ne travaillez plus pour financer les dépenses publiques. Cette année la France se situe en avant-dernière position devant la Belgique.

Libéré, mais de quoi au juste ?

Cette approche est jugée simpliste par certains économistes. «Ce calcul ne s'intéresse pas à ce que l'Etat fait de nos impôts», souligne l’économiste Jean-Paul Betbèze. Une partie de ce que vous payez à l’Etat vous est reversé à travers des prestations sociales (assurance maladie, chômage, retraite) et des équipements (écoles, routes, hôpitaux, crèches). L’opposition entre « travailler pour soi » et « travailler pour l’Etat » n’a donc « pas beaucoup de sens » aux yeux de Jacques Le Cacheux de lObservatoire français des conjonctures économiques.

« Quand je travaille pour payer des prélèvements qui financent la police, la justice, ma future retraite, mon assurance maladie, je ne travaille pas que pour l’Etat, je travaille aussi pour moi », souligne-t-il. Aux Etats-Unis, où l’assurance maladie relève très largement du secteur privé, « le contribuable est libéré fiscalement plus tôt, mais il doit consacrer une partie de ses revenus à une mutuelle privée. En suivant cette logique, on n’a qu’à dire que l’on travaille pour la grande distribution lorsque l’on fait ses courses alimentaires de base », poursuit le chercheur.

Les dépenses imposées sont-elles plus chères que celles que l’on choisit ?

L’IEM insiste sur la liberté de décider comment nous dépensons nos revenus, dénonçant le «fardeau fiscal» et les « dépenses non choisies ». Pour autant, une baisse des prélèvements obligatoires se répercuterait presque inévitablement par une hausse des dépenses vers le secteur privé. « Aux Etats-Unis, les frais d’inscription à l’université se chiffrent en milliers de dollars, contre quelques centaines d’euros en France, rappelle Jean-Paul Betbèze. Il faut replacer les chiffres dans leur contexte ».

Les chiffres, justement, ne font pas l’unanimité. Pour Jacques Le Cacheux, la méthode de calcul de l’IEM est « douteuse » et « arbitraire ». En face, le think tank met en avant des choix « pragmatiques » pour construire un indicateur « concret », basé sur des statistiques publiées par l’OCDE et Eurostat. Au-delà de cet aspect technique, c’est sur le plan idéologique que le débat fait rage. Nicolas Marques, chercheur associé à l’IEM, défend une approche délibérément microéconomique et une mission de « transparence » pour « apporter de la clarté au débat sur la fiscalité ». Débat trop souvent centré sur l’impôt sur le revenu, éclipsant l’augmentation des cotisations sociales. Le calendrier de l’IEM a le mérite de refléter cette hausse, estime Jean-Claude Betbèze. En 2014, le jour de libération fiscale était fixé au 28 juillet, soit un jour plus tôt qu’en 2015.

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