Ce mercredi, nouvel épisode dans le feuilleton grec : Alexis Tsipras rencontre Angela Merkel et François Hollande à Bruxelles pour discuter des contre-propositions formulées par la Grèce à ses créanciers. Dans une interview au journal italien Corriere della sera, le Premier ministre grec rappelait ce mardi qu’une sortie de son pays de la zone euro pourrait être « le début de la fin de la zone euro ». Pour Jésus Castillo, économiste chez Natixis spécialiste de l’Europe du Sud, les propos de Tsipras ne sont pas de simples arguments de négociation.

Pour Alexis Tsipras, l’absence d’accord sur la Grèce signifierait « le début de la fin » pour la zone euro : c’est une déclaration politique ou une réalité ?

Cela relève bien sûr de la dramaturgie politique et de la négociation, mais si on regarde objectivement les choses, ce n’est pas loin de la réalité. Depuis 2010, le discours récurrent consiste à dire que la zone euro est un club dont on ne sort pas, d’une part parce que l’Europe a mis 200 milliards d’euros pour la Grèce, et n’a donc pas envie de la perdre, et d’autre part parce qu’il existe un risque pour la crédibilité de la zone euro et son existence à long terme. Une sortie de la Grèce pourrait avoir un impact sur la confiance des investisseurs et sur l’économie réelle, qu’on ne sait pas chiffrer. Et que se passerait-il dans l’avenir si un autre pays rencontrait des difficultés : la sortie de la zone euro deviendrait-elle un mécanisme de résolution des crises ? Ce serait très dangereux car, si la Grèce ne représente que 2 % du PIB de la zone euro, l’Espagne par exemple est un plus gros morceau. Souvenons-nous de Lehman Brothers : c’était une petite banque à l’échelle du système financier, mais sa faillite a eu des conséquences bien plus importantes.

Et si la Grèce sortait de l’euro ?

Il semble néanmoins qu’une sortie de la Grèce de la zone euro n’inquiète plus autant qu’il y a deux ou trois ans. Pourquoi ?

Il y a moins d’inquiétude car on a des outils qui permettent de contenir les effets d’une sortie de la zone euro. On sait aujourd’hui combien coûte le soutien à la Grèce à chaque Etat membre, donc si elle faisait défaut, on saurait répartir les pertes entre les Etats. Cela engendrerait en moyenne une perte de deux points de PIB pour chacun, ce qui n’est pas ingérable. On pourrait également contenir toute contagion à d’autres pays comme l’Espagne, le Portugal ou l’Italie, car on a mis en place des systèmes puissants pour y faire face.

Et pour la Grèce, ce serait ingérable de quitter la zone euro ?

La Grèce n’a plus accès aux marchés de capitaux, sa seule source de financement est l’Europe. Si elle sort de la zone euro, on peut imaginer que la BCE mettra fin au mécanisme de soutien, ce qui présenterait donc un risque énorme pour la viabilité du système bancaire grec. Le PIB de la Grèce a déjà été réduit de 25 % depuis 2010, depuis qu’on a mis en place des mesures d’austérité. Pour la Grèce, une sortie de la zone euro risquerait d’entraîner encore une récession plus grave et la situation serait donc bien pire pour le pays que pour le reste de la zone euro.

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