Centrale nucleaire de Dampierre en Burly
Centrale nucleaire de Dampierre en Burly - GILE MICHEL/SIPA

ENERGIE La déconfiture d'Areva doit marquer un tournant dans la stratégie française, estiment les experts...

C’est un nouveau casse-tête pour l’exécutif. Mercredi, le président François Hollande et plusieurs de ses ministres se sont réunis à l’Elysée pour discuter de l’avenir d’Areva. Et du devenir de l’ensemble de la filière nucléaire française. Car les déboires rencontrés par Areva, détenue à 87 % par l’Etat, ne sont pas le propre de cet ex-fleuron.

Certes, les mauvais investissements et les rachats hasardeux, à commencer par celui de la société Uramin, pèsent lourds dans les résultats du groupe, qui a perdu l’an dernier plus de 4,8 milliards d’euros. Mais Areva est surtout plombée par la construction qui n’en finit plus de son EPR en Finlande. Et elle n’est pas la seule. EDF, l’autre spécialiste tricolore de la conception de réacteurs nucléaires, ne parvient pas non plus à boucler son EPR à Flamanville (Manche).

Sur la scène internationale, Areva comme EDF peinent à décrocher de nouveaux marchés : « Les pays développés gèlent leurs investissements en nucléaire et les émergents choisissent des solutions moins chères que celles proposées par la filière française. Ils se tournent vers les Sud-Coréens, les Russes ou les Chinois », commente Stephan Silvestre, économiste de l’énergie.

Le rapprochement EDF-Areva laisse les experts sceptiques

Pour le gouvernement, l’heure des choix a sonné. Les décisions qu’il prendra sur le dossier Areva seront déterminantes pour l'ensemble de l'industrie française. Et sa première annonce -le rapprochement entre EDF et la division réacteurs d’Areva- laisse les experts sceptiques.

« C'est la solution la plus facile à mettre en œuvre, mais la nouvelle entité perdra forcément des clients, puisque les autres électriciens ne voudront pas qu’un compétiteur comme EDF puisse devenir leur conseil », estime Eric Bonnel, directeur associé du groupe de conseil en stratégie Square. « Sans compter le facteur humain : l’intégration d’une division d’Areva au sein d’EDF sera difficile, les équipes de ces deux groupes se détestant depuis longtemps ».

La meilleure option serait, d’après Eric Bonnel, qu’Areva abandonne son activité construction de réacteur et soit scindée en deux entités, l’une consacrée à l’activité minière et à la production de combustible nucléaire, la seconde, aux services nucléaires.

« Des investisseurs, comme Engie [ex-GDF-Suez] ou des fonds étrangers, pourraient entrer au capital de cette seconde entité qui accompagnerait les sociétés productrices d’énergie nucléaire dans le prolongement de la vie des centrales ou leur démantèlement. Cinquante réacteurs sont en construction en Asie et 400 fonctionnent dans le monde, c’est tout de même un marché sympathique ».

« Nous approchons d’une affaire à la Crédit lyonnais »

Reste que dans tous les cas, l’Etat, et donc le contribuable, devra mettre la main à la poche… Pour débourser quelques milliards d’euros. « Non, bien plus ! », assure Stéphane Lhomme, directeur de l’Observatoire du nucléaire : « Nous nous approchons d’une affaire à la Crédit lyonnais. Entre Uramin, l’EPR finlandais, les investissements réalisés dans les années 2000 qui ne portent pas leurs fruits, les cuves chinoises qui ne seront peut-être pas jugées aux normes, l’Etat va découvrir au fur et à mesure de nouvelles dettes ».

Pour ce militant anti-nucléaire, « le parc français arrive en fin de course et nous ne savons pas comment le renouveler ni comment démanteler les centrales existantes, nous ne savons plus quoi faire des déchets nucléaires… Le gouvernement tente de faire bonne figure en parlant d’une réorganisation de la filière nucléaire mais c’est un monde qui s’effondre. Et dans les dix ans qui viennent, la France va se retrouver coincée sur le plan énergétique ».

Alors que la part du nucléaire dans l’électricité mondiale ne cesse de se réduire -elle est passée de 17 % en 2001 à 9 % aujourd’hui-, et que son prix s’accroît, faut-il en finir avec cette énergie ? « Ce n’est pas si simple », répond Eric Bonnel, « si le prix du pétrole remonte, l’attractivité du nucléaire reviendra sur le tapis. Et il y a toujours la question cruciale de l’indépendance énergétique. Pour l’instant, seul le nucléaire nous l’assure ».

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