Épargne: 47% des Français craignent que leur banque ne fasse faillite

INFO 20 MINUTES Le sentiment de défiance des Français à l’égard de leur banque a augmenté de six points depuis 2012, selon cette enquête de l'Ifop...

Vincent Vantighem

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Paris, le 14 mars 2015. Un homme déguisé en banquier participe à une manifestation contre l'austérité devant la Banque de France.

Paris, le 14 mars 2015. Un homme déguisé en banquier participe à une manifestation contre l'austérité devant la Banque de France. — KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Seuls 3% des Français changent de banque chaque année. Vendredi 10 avril, le Sénat a donc adopté, dans le cadre des débats sur la loi Macron, une série d’amendements visant à faciliter la mobilité bancaire. Ils risquent d’être nombreux à l’utiliser si l’on en croit le dernier sondage réalisé par l’Ifop* pour le site Aucoffre.com.

Analyse: Changer de banque sera bientôt plus facile

Révélée ce mercredi en exclusivité par 20 Minutes, cette enquête chiffre à 42% le nombre de Français qui n’ont pas confiance en leur banque. Soit six points de plus qu’en novembre 2012. Symbole de cette défiance: 47% des sondés craignent même que leur banque ne fasse faillite alors que la crise produit toujours ses effets.

Les profits des banques posent question

Juriste et porte-parole de l’Association française des usagers des banques (Afub), Serge Maître n’est pas vraiment surpris par les résultats. «Les épargnants en ont assez d’être des poules aux œufs d’or, réagit-il auprès de 20 Minutes. D’un côté, ils estiment qu’ils sont toujours touchés par la crise. De l’autre, ils voient que les banques, elles, ont enregistré des profits allant de 6 à 13% l’an dernier. Ils se disent que quelque chose cloche et redoutent une explosion de la bulle bancaire.»

Sondage Ifop sur la confiance des Français dans leur banque (Avril 2015) - IFOP


Et chacun pense d’abord à son pécule en pareil cas. Ainsi, 71% des personnes interrogées redoutent «la mise en place de mesure de prélèvement sur leur épargne» dans un avenir proche, comme cela avait été le cas à Chypre en 2013. Un phénomène qui n'est pas possible en France où les comptes sont garantis à hauteur de 100.000 euros en cas de faillite. Directeur du Cercle de l'épargne, Philippe Crevel comprend pourtant facilement ce sentiment même s'il lui paraît un peu paradoxal. «Les premiers signes d’une reprise sont là, explique-t-il. Le crédit et la production industrielle commencent à repartir. Mais les Français ne voient pas encore de changement. Il faudra sans doute attendre plusieurs mois avant que la perception ne change.»

Sondage Ifop sur la confiance des Français dans leur banque (Avril 2015) - IFOP


L’or et les investissements responsables

En attendant, les Français sont tentés de changer leur façon d’épargner. Le bas de laine sous le matelas n’a jamais rapporté grand-chose. L’or, si. Toujours d’après l’étude, un Français sur quatre se dit désormais «prêt» à placer l’argent de son Livret A vers l’or. «C’est considéré comme une valeur refuge alors que l’or ne rapporte plus grand-chose aujourd’hui, nuance Philippe Crevel. Mais cela montre bien le degré de défiance.»

Placement: Faut-il encore investir dans l'or?

Dans son bureau de l’Afub, Serge Maître préfère, lui, penser au financement participatif (crowdfounding) ou à l’investissement social et solidaire en augmentation. «Les épargnants ont besoin de donner du sens à leur épargne», relève-t-il ainsi. Les banques ont toutefois encore le temps de voir venir avant d'assister au départ de leurs clients. En 2014, trois milliards d’euros ont été investis sur les plates-formes européennes de financement participatif. Au même moment, les assurances vie françaises disposaient d’un encours de 1.500 milliards d’euros.

* Sondage réalisé du 10 au 13 mars 2015 par l’Ifop pour le compte d’Aucoffre.com auprès d’un échantillon de 1.050 personnes représentatives de la population française, selon la méthode des quotas.