Les ministres allemand Wolfgang Schauble et grec Yanis Varoufakis le 11 février 2015 à Bruxelles
Les ministres allemand Wolfgang Schauble et grec Yanis Varoufakis le 11 février 2015 à Bruxelles - Emmanuel Dunand AFP

INTERVIEW Frédéric Rollin, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet Asset Management, revient sur la guéguerre que se livrent le gouvernement grec et l'Eurogroupe...

Les négociations entre la Grèce et la zone euro ont tourné court lundi et la situation ne s’apaise pas ce mardi. La première refuse l’accord sur le programme d’aide proposé par l’Eurogroupe, la seconde n’en démord pas: Athènes doit accepter ces conditions avant vendredi dernier carat. Sommes-nous au bord du Grexit, c’est-à-dire de la sortie de la Grèce de la zone euro? Réponse avec Frédéric Rollin, conseiller en stratégie d’investissement chez Pictet AM.

Qu’est-ce qui bloque?

Le gouvernement grec souhaite renégocier 30% des réformes imposées par la zone euro en échange de son aide. L’Eurogroupe n’y est pas totalement opposé, mais à condition que la Grèce soit capable de financer ces changements… Ce qui, du point de vue du gouvernement grec, les rendrait inopérants. En fait, le gouvernement grec veut obtenir une détente des contraintes budgétaires qui pèsent sur lui, ce que l'Eurogroupe lui refuse actuellement. 

L’Eurogroupe a fixé un ultimatum qui prend fin ce vendredi. La Grèce peut-elle céder?

Son gouvernement n’a que deux options: accepter l’accord, c’est-à-dire un programme peu modifié, mais dont les conditions pourraient être assouplies ultérieurement, ou le refuser. Dans ce cas, il se retrouve sans support financier à partir du 28 février. Cette situation pourrait décourager les investisseurs et inciter les déposants à retirer leurs capitaux des banques. Ce mouvement de panique pourrait signer alors la sortie de la Grèce de la zone euro.

Ce scénario est-il possible?

Il nous paraît peu probable. La confrontation actuelle entre l’Eurogroupe et le gouvernement grec est de l'ordre du bluff. Aucune des deux parties n’a intérêt à terminer le mois sans avoir trouvé un compromis. Le premier parce qu’il ferait perdre aux pays de l’UE les fonds prêtés à la Grèce. Le second, parce qu’il se verrait confronté à des problèmes économiques bien plus graves que ceux rencontrés actuellement.

Le ministre grec des Finances est sûr que l’Europe va lui présenter un nouvel accord dans les 48 heures. Qu’en pensez-vous?

C'est peu probable. Il semble plus vraisemblable que l’Eurogroupe continue de se montrer exigeant mais qu’il accepte de lâcher du lest plus tard, au cours de l’année. C’est un cadeau auquel la Grèce pourrait avoir droit étant donné que, hors remboursement de la dette, son budget sera équilibré et même positif en 2015. Les Grecs ont fait des efforts considérables.

Pourquoi l’Eurogroupe se montre-t-il aussi inflexible dans l’immédiat?

D’abord, parce qu’il a l’impression que le traitement appliqué à la Grèce fonctionne. Et c’est en théorie le cas puisque le pays présente un budget équilibré et qu’il a déjà renoué avec la croissance. Ensuite, parce que l’Eurogroupe ne supporte pas l’attitude du gouvernement grec. Celui-ci fait mine de pouvoir imposer unilatéralement ses décisions, c’est inacceptable pour les autres pays membres de la zone euro. Mais, même si la rhétorique actuelle est violente, nous n’avons jamais été aussi proches d’un accord.

Vous croyez donc à la signature d’un programme avant la fin du mois?

Oui. Nous assistons actuellement à une discussion relativement sous contrôle. Les deux parties ont tout intérêt à montrer qu’elles négocient fermement. L’Eurogroupe, pour rassurer le contribuable européen, et le gouvernement grec, pour apaiser ses citoyens électeurs. Ceci dit, la Grèce rencontrera dans les années qui viennent de vraies difficultés pour rembourser sa dette et les négociations vont donc se multiplier. Restons optimistes toutefois, il suffirait d’allonger un peu le remboursement de la dette grecque et de baisser légèrement les taux d’emprunt pour que la Grèce retrouve des marges de manœuvre financières.

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