Image de la City dans le documentaire de Harold Crooks Le Prix à payer.
Image de la City dans le documentaire de Harold Crooks Le Prix à payer. - ARP Sélection

FISCALITE Un documentaire canadien arrive ce mercredi sur nos écrans et révèle de façon limpide les formes, l’ampleur et les conséquences de l’évasion fiscale…

Paradis, dumping, évasion… Autant de mots souvent associés à fiscal, qui suscitent souvent l’opprobre mais surtout des interrogations. Le documentaire du Canadien Harold Crooks, Le Prix à payer, qui sort ce mercredi dans quelques salles obscures, tente de rendre compréhensible et concrète cette évasion fiscale à grande échelle.

Témoignages d'insiders repentis

Le film alterne passages de procès de géants économiques et champions de la défiscalisation, Apple, Amazon, Google, et interviews d’économistes, insiders repentis, membres de l’OCDE et militants pro paradis fiscaux, ponctués par des manifestations notamment du mouvement de protestation sociale «Occupy». Rendant ainsi plus tangibles les milliards non taxés. Soit 10 à 15% du patrimoine financier mondial qui seraient placés dans des paradis fiscaux au premier rang desquels la City.

Mais au-delà du constat, le documentaire souligne que cette fiscalité obsolète nourrit l’explosion les inégalités. Avec à l’appui interview et schéma limpide de l'économiste français Thomas Piketty, auteur du best-seller Le Capital au XXIe siècle. Au point que la fiscaliste Brigitte Alepin dresse un parallèle avec la Révolution française. «Les classes moyennes et modestes sont le nouveau tiers état paupérisé du XXIe siècle, les multinationales sa nouvelle noblesse», explique-t-elle dans le documentaire.

Thomas Piketty, interviewé dans ce documentaire sur l'évasion fiscale et ses conséquences. - ARP Sélection

Etat-Providence devient Etat-concurrence

Cette experte a publié une enquête parue en 2010, La crise fiscale qui vient, point de départ du documentaire. «A l’époque on parlait de crise financière mais pas de crise fiscale… au point que j’ai hésité à employer le mot dans le titre du livre, avoue Brigitte Alepin à 20 Minutes. J’ai eu envie de le traduire dans un documentaire pour que tout le monde comprenne l’ampleur du phénomène et pas seulement une poignée d’intellectuels.» 

Le documentaire explique les connexions entre évasion fiscale, manque de redistribution, grignotage de l’Etat-Providence, qui devient Etat-concurrence pour attirer les investissements. Et finalement montée des extrémismes. «Notre objectif est de démontrer que si les pays sont en crise aujourd’hui, ce n’est pas uniquement parce que nous dépensons trop, mais surtout parce que notre système fiscal n’est pas adapté à la mondialisation, martèle Brigitte Alepin. Ce système qui date d’un siècle met en péril nos finances, mais aussi nos démocraties». Un film pédagogique explosif, qui fait écho à l’actualité. Avec notamment le scandale Luxleaks, qui accuse l’Etat luxembourgeois d’avoir organisé un système d’évasion fiscale massive au profit des multinationales.

>> L'ONG Oxfam alerte sur l'explosion des inégalités et demande un sommet mondial de la fiscalité

«Beaucoup de choses ont changé ces dernières années»

Si le film s’achève sur une note alarmiste, Brigitte Alepin estime que «beaucoup de choses ont changé ces dernières années». «Tout d’abord, l’attitude de l’OCDE. Quand j’ai commencé mon enquête sur les paradis fiscaux, c’était un tabou et on me traitait d’extrémiste. Aujourd’hui je suis vue comme modérée! L’OCDE se montre beaucoup plus ouverte et proactive pour combattre les paradis fiscaux», note-t-elle.

Autres changements notables: la fin du laxisme fiscal en Irlande, et le discours du  FMI ou  de l'Union européenne. Barack Obama  a proposé lundi dans son nouveau projet de loi de finances une taxe exceptionnelle de 14 % sur les profits stockés à l’étranger.
«Mais c’est aussi Monsieur et Madame tout le monde qui s’intéressent bien plus à la justice fiscale, reprend Brigitte Alepin. Je pense qu’il serait difficile de trouver une solution sans les Etats-Unis, l’Inde, la Chine. Mais cela passera d’abord par le peuple qui imposera ses choix de consommateur. Par exemple, en boycottant une multinationale parce que mauvais contribuable.»  

Mots-clés :