«Le seul moteur de notre croissance, c’est justement la dépense publique»

CRISE Les «économistes atterrés» présentent ce vendredi leur «Nouveau Manifeste» en espérant souffler quelques idées pour relancer la croissance et privilégier une économie plus verte et juste...  

Oihana Gabriel

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Philippe Légé, enseignant à l'université de Picardie et membres des «Economistes atterrés»

Philippe Légé, enseignant à l'université de Picardie et membres des «Economistes atterrés» — dailymotion

Les «économistes atterrés» publient mercredi 21 janvier un Nouveau Manifeste pour décliner 15 chantiers pour une autre économie. Philippe Légé, l’un des auteurs, également enseignant en économie à l’université de Picardie, répond aux questions sur la crise économique en France et en Europe

>> Les cinq pistes de réflexion des économistes atterrés

Qu’est ce qui a changé depuis 2010, date du premier Manifeste?

En 2010, on alertait parce qu’on s’apprêtait à renforcer ce qui avait échoué avec la crise. Nos craintes se sont révélées justes: pas de croissance, chômage de masse, endettement en hausse et creusement des inégalités. Les leçons n’ont pas été tirées, la finance continue de spéculer, les entreprises d’être soumises aux actionnaires et la fuite en avant productiviste se poursuit.

Est-ce que depuis 2012 certaines réformes en France vont dans le bon sens?

Très peu. Le gouvernement est revenu sur l’exonération des cotisations sur les heures supplémentaires qui était une formidable façon de subventionner la suppression d’emplois… Mais François Hollande, loin d’opérer un tournant plus social, accélère la réduction des dépenses publiques. Or le seul moteur de notre croissance, c’est justement la dépense publique. On avait mis moins de carburant mais il tournait encore…

Si vous ne deviez défendre qu’une réforme, ce serait laquelle?

Engager de réels investissements publics pour la transition écologique, porteuse d’emplois. Mais cela nécessite de sortir du cadre budgétaire contraint et donc d’instaurer un rapport de force avec Bruxelles. François Hollande n’a pas changé une virgule du pacte de stabilité…

Quelle est la plus grande contre-vérité sur l’économie française?

L’idée qu’on ne peut plus se permettre d’avoir autant de dépenses publiques. Pour traiter les effets de la crise on a besoin de plus de dépenses publiques. Or on va vers un ralentissement considérable en 2015 avec la baisse des dotations. Qui va obliger les collectivités locales à choisir entre surendettement et renoncement à des équipements comme les bibliothèques, piscines… Ces dépenses sont utiles socialement et fournissaient des débouchés pour les petites et moyennes entreprises.

La zone euro peut-elle exploser?

Nous imaginons dans l’ouvrage deux scénarios. Des pays du sud de l’Europe qui souffrent énormément des politiques imposées pourraient sortir de la zone euro. Ce qui entraînerait des réactions en chaîne et donc une explosion de la zone euro. Ou les Européens choisissent une refonte économique profonde. La zone euro doit se transformer ou disparaître.

Est-ce qu’une nouvelle crise financière de l’ampleur de celle de 2008 peut à nouveau éclater?

On peut imaginer une nouvelle crise financière si les politiques économiques poursuivent leur cours actuel. Certaines choses ont tout de même changé. Par exemple le Mécanisme européen de stabilité (MES), institution financière qui permet de prêter rapidement des fonds à un état, serait utiles en cas de crise. Mais si de nombreuses banques menacent de faire faillite, notre système serait impuissant. On a mis en place des palliatifs pour dégager des fonds en urgence mais pas de taille à se protéger d’une grave crise financière.

Vous êtes toujours atterrés?

Absolument. C’est pour cela qu’on publie ce nouveau manifeste. En espérant qu’il n’y en aura pas d’autre… Nous espérions qu’après la crise les politique se montrent responsables et prennent une autre direction. La situation est très grave mais il ne faut pas renoncer à proposer des mesures si elles peuvent relancer le débat.. Et s'opposer à l’idée désastreuse qu’en France on s’enfonce dans la crise parce qu’on n’a pas été assez loin dans l'austérité.

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