Discrimination syndicale: Une pratique réelle mais difficile à mesurer

SOCIAL Un délégué syndical gagne «en moyenne 10% de moins qu'un salarié non syndiqué ayant le même profil», note l'Observatoire de la répression et de la discrimination syndicales...

20 Minutes avec AFP

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Les logos de quatre des principaux syndicats dans la fonction publique

Les logos de quatre des principaux syndicats dans la fonction publique — AFP

Blocage de la carrière, «mise au placard», harcèlement voire licenciement: la discrimination syndicale, «difficile à mesurer», est réelle, et des salariés renonceraient à se syndiquer par «peur des représailles», affirme mercredi l'Observatoire de la répression et de la discrimination syndicales.

Créé à l'automne 2012 sous l'égide de la Fondation Copernic, l'Observatoire, qui rassemble chercheurs et syndicalistes, s'est fixé comme objectif d'alerter sur un phénomène rarement pris en compte, «voire purement et simplement occulté ou nié par le patronat». «C'est un fait social difficile à mesurer avec des statistiques imprécises et de très rares études», relève Daniel Gelot, lors d'une conférence de presse pour présenter le premier rapport de l'Observatoire.

Des enquêtes existent cependant. Selon un baromètre de 2013, pour 36% des salariés, la faible syndicalisation est liée «à la peur des représailles», un chiffre toutefois en baisse par rapport à 2010 (42%). Et pour 48% des salariés du privé et 37% des agents de la fonction publique, le fait d'être syndiqué constitue un frein pour évoluer dans sa carrière.

De plus plus faibles rémunérations pour les délégués syndicaux

Un délégué syndical gagne «en moyenne 10% de moins qu'un salarié non syndiqué ayant le même profil», note également l'Observatoire qui met l'accent sur la «faible syndicalisation des salariés» (environ 10% tous secteurs confondus).Or, «la présence d'organisations syndicales fortes permet l'expression des problèmes dans l'entreprise, les salariés sont plus protégés», observe Etienne Penissat, chercheur au CNRS.

Certains dirigeants ou responsables hiérarchiques perçoivent cependant les syndicalistes «comme une remise en cause de leur autorité», «des salariés nuisibles» et cherchent à « leur rendre la vie dure ».

«Entraver l'action de syndicalistes jugés trop actifs, pousser à quitter l'entreprise par un harcèlement permanent (..) , ou tout simplement les licencier pour des motifs montés de toutes pièces, refuser des postes ou des formations, ... sont autant de pratiques qui visent à dissuader ».

Certains militants ont du mal à retrouver un travail

Eric Beynel (Solidaires) explique que «beaucoup de militants licenciés et "blacklistés" dans leur région n'ont pas d'autres choix que de déménager pour trouver du travail». Découper l'entreprise en entités de moins de 50 salariés pour éviter la représentation d'élus du personnels ou alors sous-traiter des activités sont aussi des stratégies utilisées par l'employeur.

« En sous-traitant des pans entiers de son activité, notre entreprise créé de véritables "déserts syndicaux". Les salariés n'ont aucun moyens de se défendre et se retrouvent avec des conditions de travail et des salaires bien inférieurs », témoigne une responsable syndicale chez EDF.

Pour combattre ces discriminations, le rapport suggère notamment de sécuriser les droits des salariés qui s'engagent dans des recours envers leur employeur tout au long de la procédure judiciaire et de permettre au juge d'ordonner des mesures d'éloignement des responsables de harcèlement et de discrimination.

«Les sanctions pénales à l'encontre des patrons ne sont pas assez dissuasives. Elles devraient être renforcées avec une peine d'un an d'emprisonnement et une amende proportionnelles au chiffre d'affaires », préconise Agnès Zissmann, du syndicat de la magistrature. L'Observatoire propose aussi de créer «une action collective en justice» en cas de discrimination envers plusieurs salariés.