Vietnam Airlines, symbolique ouverture au privé d'une compagnie publique

Après des décennies de spéculation et plusieurs tentatives manquées, l'ouverture au privé de la compagnie publique Vietnam Airlines débute vendredi, étape symbolique importante d'un plan de privatisation du secteur public.

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Des avions de la compagnie Vietnam Airlines sur le tarmac de l'aéroport de Hanoï, le 11 novembre 2014

Des avions de la compagnie Vietnam Airlines sur le tarmac de l'aéroport de Hanoï, le 11 novembre 2014 — Hoang Dinh Nam AFP

Après des décennies de spéculation et plusieurs tentatives manquées, l'ouverture au privé de la compagnie publique Vietnam Airlines débute vendredi, étape symbolique importante d'un plan de privatisation du secteur public.

La privatisation de 3,5% du capital de la compagnie aérienne et la vente de 20% à un partenaire stratégique aura cependant, d'après les experts, un impact minime sur le processus lancé par le régime communiste.

«Les responsables veulent éviter une véritable privatisation», explique à l'AFP l'économiste Bui Kien Thanh. «Tant que le système économique est géré par les fonctionnaires d'Etat, l'économie ne peut pas se développer efficacement», estime-t-il.

Dans le cas de Vietnam Airlines, l'Etat garde le contrôle de 75% des capitaux.

Avec cette ouverture qui ne passe pas par une introduction en Bourse, Vietnam Airlines espère lever 51 millions de dollars.

Le prix plancher par action est de 22.300 dongs vietnamiens (un peu plus de 0,8 euro), pour une valorisation de la compagnie estimée à quelque 1,2 milliard d'euros.

«La perspective est décevante», regrette Kevin Snowball, directeur général de PXP Vietnam Asset Management, estimant que les actions semblent chères par rapport aux revenus actuels et à venir de la compagnie.

«C'est symptomatique de tout le processus de privatisation. Il y a un malentendu fondamental sur la nature des marchés boursiers et leur fonctionnement», a-t-il ajouté.

«La plupart des compagnies aériennes régionales accusent des pertes et les dernières introductions en Bourse - comme Garuda en Indonésie - se négocient en-dessous de leur prix initial», renchérit Brendan Sobie du Centre CAPA pour l'Aviation.

Par ailleurs, au Vietnam, l'introduction en Bourse est séparée d'une cotation réelle. Elle intervient en principe dans les trois mois mais prend parfois plusieurs années, ce qui, selon M. Snowball, est un autre obstacle pour les investisseurs.

Même si elle fait face à la concurrence de la low-cost VietJet Air, première compagnie privée lancée en 2011 et qui a déjà conquis environ 25% des vols intérieur, Vietnam Airlines reste le premier transporteur aérien du pays. Membre de l'alliance SkyTeam, dont fait également partie Air France, elle emploie plus de 10.000 personnes et compte plus de 80 avions auxquels s'ajouteront 15 autres d'ici fin 2015.

Les experts doutent toutefois de sa possibilité de trouver une compagnie aérienne comme partenaire stratégique.

«Quand une compagnie aérienne cherche à vendre une part à une autre compagnie aérienne, en Asie, vous voyez les mêmes noms qui émergent, et très peu de transactions ont été concrétisées au final», analyse Brendan Sobie du Centre CAPA pour l'Aviation.

- «Enorme bureaucratie» -

Ce plan d'ouverture des entreprises publiques au secteur privé fait partie d'un important projet du gouvernement visant à attirer les investissements étrangers dans un pays où l'économie est largement orientée vers l'exportation.

Malgré les émeutes anti-chinoises ayant frappé les usines étrangères en mai, le Vietnam, dont l'ouverture économique a commencé à la fin des années 80, est aujourd'hui mieux perçu par les investisseurs étrangers.

Certaines entreprises investissent d'ailleurs massivement, comme le géant électronique sud-coréen Samsung qui a investi des milliards de dollars dans le pays pour ses usines tournées vers l'exportation.

«Ce que Samsung a fait est maintenant assez facile», estime Tony Foster, un avocat de Freshfields. Mais quand il s'agit de traiter avec des entreprises publiques, cela peut tourner au cauchemar pour les investisseurs car «il y a toujours une énorme bureaucratie qui a besoin d'être nourrie», a-t-il ajouté.

Autre frein pour les investisseurs étrangers: les nombreuses entreprises publiques sont lourdement endettées et elles ont souvent des stratégies incompréhensibles et des investissements hasardeux. Certains groupes publics se sont effondrés de façon spectaculaire avec des milliards de dollars de dettes en raison d'une corruption endémique.

Malgré tout, le Vietnam attire les investisseurs comme l'a prouvé une récente émission d'obligations d'Etat qui a été largement sursouscrite.