Le drapeau français sous l'Arc de Triomphe à Paris, le 11 novembre 2013.
Le drapeau français sous l'Arc de Triomphe à Paris, le 11 novembre 2013. - Philippe Wojazer Pool

EXCLUSIF Ils s'affranchissent du collectif et n'ont jamais autant compté sur eux-mêmes, révèle une enquête du Credoc que s'est procurée «20 Minutes»...

C’est une véritable révolution culturelle. Les Français, pourtant biberonnés à l’Etat providence, ne croient plus en leur modèle social. Ou en tout cas, de moins en moins. Lorsqu’ils sont interrogés sur les facteurs les plus à même de renforcer l’union de notre société, les citoyens estiment que la protection sociale est moins essentielle, révèle un rapport commandé par la Direction générale de la cohésion sociale, que 20 Minutes s’est procuré en exclusivité.

«Fait notable, ce désenchantement est particulièrement marqué chez les personnes les plus fragiles qui pourraient pourtant bénéficier des filets de protection dans cette période de crise: les non-diplômés (-9 points par rapport à 2011), les bas revenus (-7), les personnes au foyer (–7), les personnes souffrant de handicap (-8)», indique l’étude réalisée par le Credoc, un centre spécialisé dans l’observation des conditions de vie.

«Cette tendance libérale progresse depuis 15 ans»

Exit le collectif, pour s’en sortir, les Français préfèrent compter sur eux-mêmes. «Cette tendance libérale progresse depuis 15 ans mais se creuse davantage cette année», détaille Sandra Hoibian, auteure de l’étude et directrice adjointe du département Conditions de vie du Credoc.

«Elle s’explique par la désillusion croissante face à l’Etat-providence: le chômage et la pauvreté continuent de progresser, son action ne semble donc pas efficace. Du coup, l’idée que les individus, y compris les plus démunis, doivent se prendre en main se propage.» D’ailleurs, et alors même que la pauvreté s’est accrue en France ces dernières années, l’action des pouvoirs publics envers les plus précaires n’apparaît plus comme une idée fédératrice de la société française.

La liberté avant l'égalité ou la fraternité

Si les notions d’égalité et de fraternité sont donc en perte de vitesse, le désir de liberté, troisième valeur de la devise républicaine, ne cesse en revanche de gagner du terrain. Les citoyens veulent être les seuls maîtres de leur vie, choisir avec qui ils s’unissent et comment ils vont mourir. Ils sont ainsi majoritairement favorables au mariage des personnes du même sexe ou encore, au suicide médicalement assisté en fin de vie.

Et si certaines libertés individuelles restent à acquérir, «l’étude European social survey prouve que les Français sont les plus nombreux à considérer qu’ils sont libres de vivre leur vie comme ils l’entendent: 50% l’affirment, contre seulement 33% des Anglais et 25% des Allemands», rappelle Sandra Hoibian.

«Les Français ne veulent pas de désengagement de l’Etat»

Libéraux et plus que jamais excédés par l’impôt, les Français seraient-ils à deux doigts de prendre leur carte au Tea Party, le mouvement libertarien américain? «Il faut tempérer: les Français restent très attachés à leur modèle social et ils en attendent encore beaucoup. Autrement dit, ils sont plus libéraux que par le passé, mais ils le sont toujours nettement moins que les Anglo-Saxons», répond Sandra Hoibian.

En outre, si les Français réclament davantage de libertés, «ils ne veulent pas de désengagement de l’Etat, au contraire. Ils réclament plus d’ordre et souhaiteraient, par exemple en matière de laïcité, que la réglementation se renforce, notamment pour interdire le port de signes religieux dans les entreprises».

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