Les salariés des très petites entreprises sont-ils à l'abri du stress?

VIE EN ENTREPRISE Selon une étude l’Observatoire Alptis de la protection sociale dévoilée ce mercredi, 68% des salariés des TPE se déclarent peu ou pas stressés et 80% se disent même heureux au travail...

Delphine Bancaud

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Illustration d'un salarié buvant une tasse de café avant un réunion.

Illustration d'un salarié buvant une tasse de café avant un réunion. — OJO Images / Rex Featur/REX/SIPA

Le bonheur serait-il dans les petites entreprises? En tous cas, la pression semble y être moins forte que dans les structures plus importantes. Selon une étude l’Observatoire Alptis de la protection sociale dévoilée ce mercredi, 68% des salariés des TPE (entreprises de moins de 10 salariés) se déclarent peu ou pas stressés et 80% se disent même heureux au travail. D’ailleurs, leur taux d’absentéisme est plus faible (4,3% en 2013) que leurs confrères des grands groupes (4,7%).

«La situation des salariés de TPE est paradoxale, car ils bénéficient de conditions de travail moins favorables que leurs confrères travaillant dans des entreprises plus grandes, mais se plaignent moins du stress», analyse Marc Loriol, sociologue au CNRS. En effet, 27 % des salariés des TPE ont une durée du travail supérieure à 39 heures (contre 6,4% des personnes employées par des entreprises de plus de 10 salariés) et leur salaire moyen est inférieur (de 19%).

Un patron plus accessible

Le moindre stress des salariés de TPE est d’abord dû à leur état d’esprit: «Dans les TPE, l’engagement personnel des salariés est très fort, ce qui leur permet de supporter plus aisément certaines contraintes». Mais aussi au modèle même de ces entreprises, qui sont souvent artisanales ou familiales: «Les rapports sociaux y sont plus personnels et le dialogue est facilité. La solidarité entre collègue atténue aussi considérablement le stress. Les conflits sont désamorcés avant qu’ils ne dégénèrent et les problèmes sont gérés de façon informelle. L’employeur ne va pas hésiter à aménager ses horaires de travail en cas de besoin, par exemple», note le sociologue.

Patron d’une TPE de 14 salariés La fabrique, Fabrice Poncet témoigne de cette bonne ambiance dans les petites boîtes: «Chez nous, les salariés parlent de «bon stress» qui est dû à leur exigence dans le travail. Pour éviter que les tensions ne s’accumulent, je suis attentif aux signaux faibles des salariés. Lorsque je constate un changement d’humeur chez l’un d’eux, j’en parle tout de suite avec lui. Tout en veillant à ne pas me montrer trop paternaliste. Par ailleurs, nous avons mis en place un conseil d’entreprise qui permet aux salariés de voter les décisions pour La fabrique. Une manière de leur montrer que nous œuvrons tous pour un projet commun».

Des conséquences plus graves

Reste que tous les TPE ne sont pas exempts de stress et que lorsqu’il fait rage, ses conséquences y sont encore plus fortes que dans les grands groupes. Car la proximité entre les salariés et le dirigeant de l’entreprise peut être à double tranchant, analyse Marc Loriol. «Un salarié de TPE sujet au stress sera davantage touché affectivement par la situation qu’une personne exerçant dans un grand groupe. Il aura tendance à le taire, par peur de passer pour faible et de perdre son emploi». L’absence d’instance représentative du personnel dans ces petites structures peut, dans ces cas-là, être très préjudiciable, «le salarié ayant l’impression de ne pas pouvoir se défendre et se retrouvant totalement isolé», conclut le sociologue.

Lutter contre le stress

Les patrons de PME peuvent faire appel aux Carsat (caisse d’assurance retraite et de santé au travail) qui font intervenir un expert en prévention proposant des améliorations des conditions de travail. L’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail propose aussi des aides à la prévention du stress.