Photo d'illustration de la dépression.
Photo d'illustration de la dépression. - JAUBERT/SIPA

INTERVIEW La psychanalyste s'est penchée sur l'impact de la crise économique sur l'équilibre psychologique des citoyens...

Les ravages psychologiques de la crise. La très médiatique psychanalyste Claude Halmos s’est penchée sur ce sujet dans un ouvrage coup de poing intitulé Est-ce ainsi que les hommes vivent? Faire face à la crise et résister (Fayard). Elle répond aux questions de 20 Minutes.

Vous traitez généralement des questions d’éducation. Pourquoi ce livre sur la crise économique?

Parce que des millions de personnes souffrent, non pas de leur histoire personnelle, mais des violences que leur inflige notre société. Il y a ceux qui sont au chômage et qui, à force de s’entendre dire «non», se sentent dévalorisés et déprimés. Il y a ceux qui ont encore un emploi, mais qui redoutent de le perdre, et il y a tous ceux qui ont peur pour leurs enfants qui ne trouvent pas de travail ou qui acceptent des jobs n’ayant rien à voir avec leurs compétences.

Vous dites que la crise économique a engendré une crise psychologique en France…

Absolument. Cette crise, nous ne la voyons pas, nous ne la soignons pas, mais elle crée des ravages terribles. Dans notre pays, un enfant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté. Que vont devenir ces 2,7 millions d’êtres humains? Ne pas tout avoir lorsque l’on est enfant est structurant. Mais ne rien avoir ne l’est pas. Grandir dans une famille où un yaourt à la fraise est un luxe, quelle idée de la vie cela vous donne-t-il?

Tous les citoyens sont-ils concernés par cette crise psychologique?

Oui, à l’exception d’une frange réduite d’ultra-privilégiés. Dans la société actuelle, redouter le chômage est une peur normale, à tel point que nous serions en droit de nous interroger sur l’état psychologique d’un salarié qui, aujourd’hui, n’y penserait jamais. Personne ne peut affirmer que son entreprise ne connaîtra pas, dans les cinq ans qui viennent, des difficultés.

Vous rappelez que notre société, si prompte à créer des cellules de soutien pour chaque événement traumatique, ne propose rien à ceux qui perdent leurs emplois…

Savez-vous qu’une psychothérapeute participe au procès Xynthia pour assister les victimes mais aussi les magistrats? C’est très bien mais, chaque mois, des milliers de personnes perdent leur travail et, avec lui, une partie de leurs revenus et leur statut social, et personne ne s’en préoccupe. Ils vivent pourtant un traumatisme profond. Comme les enfants maltraités, ces personnes finissent par penser qu’elles sont un peu responsables de ce qui leur arrive. C’est faux: elles sont des victimes de la guerre économique et elles devraient être traitées comme ceux qui reviennent du front, avec compassion.

Vous comparez d’ailleurs la vie dans un pays en crise à celle dans un pays en guerre. N’est-ce pas exagéré?

J’explique que les personnes ayant encore un emploi ne peuvent pas se sentir rassurées, de la même manière qu’un habitant s’inquiétera même s’il n’est pas dans une zone de combats. Ce n’est pas exagéré. Dans les deux cas, le poids de la réalité extérieure est trop lourd à porter. Les Français doivent entendre qu’ils ne sont pas malades et que s’ils ne supportent pas ce qu’ils vivent, ce n’est pas parce qu’ils sont faibles, c’est parce que c’est invivable. Et l’Etat doit prendre compte et en charge ces souffrances.

Mais il n’en a pas les moyens…

Les personnes au chômage vont finir par coûter très cher à la société, car elles sont vouées à la dépression. Il faudrait au moins que ces demandeurs d’emploi, qui restent des actifs, puissent avoir accès à la médecine du travail. Nous devons également retourner au collectif. Il faut arrêter avec ces psys qui nous vendent du bonheur et de l’épanouissement personnel, le temps est au combat et à la solidarité. 

Mots-clés :

  • Aucun mot-clé