Illustration de SFR, dont la vente au groupe Altice, propriétaire de Numericable, a été décidée en avril.
Illustration de SFR, dont la vente au groupe Altice, propriétaire de Numericable, a été décidée en avril. - Philippe Huguen AFP

TELEPHONIE Les dirigeants du futur groupe SFR-Numericable sont entendus ce mercredi par l'Autorité de la concurrence...

SFR et Numericable s’uniront-ils avant la fin de l’année, comme ils le souhaitent? Pour y arriver, ils doivent décrocher le feu vert de l’Autorité de la concurrence, qui reçoit ce mercredi les dirigeants du futur groupe. Le gendarme de la concurrence travaille sur ce dossier depuis deux mois déjà mais il ne rendra pas son avis avant fin octobre.

Et pour cause: une fois réunis, SFR et Numericable rassembleront plus de 28 millions de clients… «C’est l’une des fusions les plus concernantes de l’histoire. Tout le monde connaît quelqu’un qui est chez SFR ou chez Numericable», résume Jean-Michel Huet, directeur associé du cabinet BearingPoint Management & Technology Consultants.

L’Autorité de la concurrence, qui défend in fine les intérêts des consommateurs, doit d’abord s’assurer que cette opération ne mettra pas en péril la concurrence dans le secteur de la téléphonie mobile. «Sur ce point-là, pas de problème, puisque le marché restera à quatre opérateurs», réagit Antoine Autier, de l’UFC-Que Choisir.

Un problème de concurrence Outremer

En revanche, ce rapprochement posera problème «à la Réunion et à Mayotte, où le nouvel ensemble détiendra respectivement 70% et 90% de parts de marché, se trouvant de fait en situation de monopole», complète Jean-Michel Huet. Du coup, l’Autorité de la concurrence pourrait exiger que le groupe cède Outremer Telecom, société acquise par Numericable l’an dernier. «C’est le genre de compromis que les dirigeants ont déjà envisagé, ce point ne freinera donc pas la fusion», estime Antoine Autier.

Autre difficulté: les réseaux. «Numericable et SFR sont très puissants sur le très haut débit (THD), le premier en ayant investi fortement dans le câble et le second, dans la fibre optique. En s’unissant, ils génèrent une avance que leurs concurrents ne rattraperont pas avant plusieurs années», détaille Jean-Michel Huet. «Cela peut créer une distorsion du marché, avec des tarifs qui pourraient augmenter.» 

L’Autorité de la concurrence pourrait donc demander au nouvel opérateur de céder certains actifs ou de mettre son réseau à la disposition de ses concurrents. «Mais seulement si elle considère que le THD fixe est un marché à part entière. Si elle estime que le secteur pertinent, du point de vue du consommateur, est celui du THD fixe et mobile, elle ne demandera aucun effort à SFR-Numericable, puisque Bouygues et Orange ont tous deux un fort réseau 3G et 4G», précise Jean-Michel Huet.

La question de la télévision

Enfin, «l’implication dans l’univers audiovisuel de Numericable, qui propose son propre bouquet de chaînes, et de Vivendi, qui possédera 20% du futur opérateur et qui détient Canal+ et Canalsat, pose question», souligne Antoine Autier. «Pour éviter le conflit d’intérêts, l’Autorité peut exiger que Vivendi ne nomme aucun administrateur au sein du futur ensemble ou que ses administrateurs ne puissent pas assister aux réunions lorsque celles-ci évoquent la question de l’accès à la télévision payante», avance Jean-Michel Huet.

Une fois de plus, «l’enjeu est qu’il n’y ait pas échanges d’informations et d’entente sur les prix. Mais cette problématique relève de la gouvernance et elle est plus facile à gérer», poursuit l’expert. 

Rappelons que le conseil de surveillance de Vivendi a décidé en avril de vendre sa filiale SFR à Numericable et à sa maison mère Altice, pour 13,5 milliards d'euros en cash, ainsi qu'un complément éventuel de prix de 750 millions d'euros. Patrick Drahi, le patron d’Altice, espère boucler l’opération avant la fin de l’année. 

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