SNCF: Les nouvelles technologies en renfort pour éviter un nouveau Brétigny

TRANSPORT Pour surveiller ses 30.000 km de voies, la SNCF veut investir dans le numérique et tout ce qui permet de faciliter la collecte des données…

Fabrice Pouliquen

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La SNCF a ouvert au début de l'été Alerte express, une plateforme pour signaler des anomalies sur le réseau ferré. D'abord ouvert uniquement aux cheminots, Alerte Express sera accessible au grand public début 2015.

La SNCF a ouvert au début de l'été Alerte express, une plateforme pour signaler des anomalies sur le réseau ferré. D'abord ouvert uniquement aux cheminots, Alerte Express sera accessible au grand public début 2015. — Damien Meyer AFP

Sécurité, sécurité, sécurité… Quatorze mois après la catastrophe ferroviaire de Brétigny-sur-Orge, la priorité affichée par la SNCF et Réseau ferré de France (RFF) n’a pas changé. Guillaume Pépy et Jacques Rapoport, les présidents des deux entreprises qui ne feront plus qu’une entité en janvier prochain, l’ont martelé mercredi à l’occasion d’un séminaire de presse de rentrée à la Plaine-Saint-Denis.

Le mot d’ordre est d’autant plus d’actualité que l’été a été marqué par la collision de Denguin (Pyrénées-Atlantiques) le 17 juillet dernier, et «plusieurs incidents sur les passages à niveaux», ajoute Jacques Rapoport.

Mais que faire quand le réseau ferroviaire à surveiller avoisine les 30.000 km et que, depuis cinq ans, une forte croissance des travaux accapare les cheminots, y compris ceux en charge des missions de surveillance? L’une des solutions envisagées mène aux voyageurs. La SNCF veut investir dans toute une série d’applications et de technologies numériques visant à faciliter la collecte et la vérification d’information sur ses voies ferrées.

Aux voyageurs de signaler les problèmes

C’est le cas par exemple du dispositif Alerte Express. «Cette plateforme unique est chargée de collecter tout signalement d’anomalies sur le réseau, décrit Pierre Izard, directeur général de SNCF Infra. Il suffira de remplir un bulletin de signalement sur le Web ou d’appeler une ligne téléphonique dédiée. Des agents seront chargés d’enregistrer les signalements, de les faire remonter au personnel de surveillance des voies et d’assurer un retour au «lanceur d’alerte». «Alerte Express est testée depuis début juillet auprès des cheminots et a déjà permis de récolter 1.280 signalements, émanant principalement de conducteurs de trains», poursuit Pierre Izard.

Mais à partir de 2015, le dispositif sera ouvert au grand public et tout voyageur pourra y faire ses signalements. Au risque d’être submergé d’alertes et de multiplier les fausses pistes? «C’est possible, reconnaît Alain Krakovitch, encore pour quelques jours directeur général de la sécurité et de la qualité de service ferroviaire avant de prendre la direction du transilien. On est déjà submergé de courriers de voyageurs. Mais jusque-là, ils ne savaient pas à qui s’adresser, écrivant au président de la SNCF voire au ministre des Transports. Le signalement mettait trop de temps à remonter à la bonne personne.»

Tablettes numériques et wagons de surveillance automatique

Sur le terrain aussi, la SNCF veut investir. Au printemps 2015, l’entreprise va doter 13.000 agents de tablettes numériques pour améliorer la prise de données et le suivi de la maintenance. Trois wagons «Surveille» sillonnent aussi le réseau ferré français depuis quelques mois. En phase d’expérimentation pour l’instant, ils pourraient intégrer les outils de surveillance de la SNCF dès 2015. Sous l’engin, des caméras et des lasers scrutent les voies parcourues à 80 km/h, ce qui permet d’enregistrer les anomalies à une cadence bien plus élevée que l’œil humain.

Les wagons SIM, autre technologie que la SNCF regarde de près, poursuit exactement le même objectif, «mais cette fois-ci sur les aiguillages, un équipement plus complexe, précise Pierre Izard. On s’assure en ce moment de l’efficacité de l’engin sur lequel on pourrait investir dès 2016.»

De quoi mettre au placard les cheminots? On en est évidemment loin. «Nous avons lancé lundi une vaste enquête auprès de 150.000 de nos cheminots pour connaître leur ressenti sur l’état du réseau», explique Alain Krakovitch. Celle-ci se tiendra tout le mois de septembre.

Bientôt une application pour suivre les 17.000 trains quotidiens

Le numérique ne doit pas seulement servir à améliorer la surveillance du réseau. La SNCF y songe aussi pour de nouveaux services aux voyageurs ou pour améliorer son système productif. Le groupe s’est même doté d’un «Chief digital officer» chargé de déployer ces innovations.

L’une d’elles apportera de nouvelles options sur SNCF Direct, la plateforme d’information en temps réel de l’entreprise. «Elle permettra au grand public de situer sur une carte et de suivre le trajet les 17.000 trains qui circulent chaque jour, décrit Guillaume Pépy, le président de la SNCF. Est-ce que le train est arrêté? A quelle vitesse roule-t-il? A quelle heure passe-t-il dans telle gare?….» Le service doit sortir avant fin septembre sur sncf.com et sera ensuite disponible dans le courant de l’année sur les différentes applications smartphone.