Un bénévoles accueille des personnes devant la Soupe populaire en février 2012 (Illustration).
Un bénévoles accueille des personnes devant la Soupe populaire en février 2012 (Illustration). - ALEXANDER KLEIN / AFP

SOCIAL Les Français font preuve de moins en moins de bienveillance à l'égard des plus modestes, qu'ils tendent à assimiler à des «assistés», selon une étude révélée en exclusivité par «20 Minutes»...

Les riches peuvent souffler: le désir de les taxer davantage régresse. «Cette année, 55 % des Français défendent encore cette idée, contre 71 % en 2011. Soit une perte de 16 points en trois ans», lâche Régis Bigot, directeur de recherche au Credoc. Mais surtout, d’après l’enquête menée par ce centre spécialisé dans l’observation des conditions de vie, que 20 Minutes s’est procurée en exclusivité, les Français sont de moins en moins bienveillants vis-à-vis des plus modestes.

«Avant, deux Français sur trois se déclaraient compatissants à l’égard des pauvres et ce sentiment progressait en période de crise, comme en 1993 par exemple», avance Régis Bigot. «Mais pas en 2008. Depuis, l’opinion s’est durcie et désormais, seul un Français sur deux se déclare encore compatissant. Une situation inédite depuis 30 ans.»

«Aujourd’hui, ce que les Français trouvent détestable chez les pauvres, c’est qu’ils puissent être assistés», explique le sociologue Vincent Tiberj. «L’idée qu’ils ne font pas d’efforts et même, qu’ils profitent de la situation, se développe.» L’enquête du Credoc le confirme: cette année, 76 % des Français pensent qu’il est plus avantageux de percevoir des minima sociaux que de travailler avec un bas salaire. Et, pour la première fois, une majorité de citoyens estiment que le RSA incite les gens à ne pas chercher de boulot.

Le tournant s’est opéré à partir de 2007

Comment expliquer un tel retournement? D’abord, par les difficultés rencontrées par les classes moyennes. «Aujourd’hui, avec la hausse des dépenses contraintes (énergie, transport, logement, etc.), plus des deux tiers des Français procèdent régulièrement à des restrictions de budget… Ils se disent qu’ils ne s’en sortent pas et qu’ils ne sont pas aidés par les politiques sociales», répond Régis Bigot.

Et puis, la France semble au bord de la banqueroute. «Les Français ont peur de ne plus avoir accès à grand-chose si jamais la situation se détériore encore. Ils restent attachés au système de protection sociale pour eux-mêmes, mais de moins en moins pour les autres», commente Vincent Tiberj. «Notez que les fonctionnaires et les cadres tiennent moins ce discours. Les plus critiques envers les bénéficiaires des aides sociales sont ceux qui ont le plus de risques de basculer dans la pauvreté.»

Evidemment, le discours politique joue un rôle crucial dans cette évolution. Le tournant s’est opéré à partir de 2007. «En 2002, Chirac faisait campagne sur le thème de la lutte contre la fracture sociale…», rappelle Typhaine Cornacchiari, d’ATD Quart Monde. Avec Sarkozy, «nous sommes passés des «droits sociaux» à «l’assistanat», des «cotisations sociales» aux «charges sociales», etc. Ce vocabulaire développé par la droite et repris par la gauche a fini par rentrer dans les têtes», analyse Vincent Tiberj.

Pour le politologue engagé Paul Ariès, «cette vision de l’histoire, qui est celle des vainqueurs de la «guerre économique», n’est pas sans conséquences: elle est à la source de la réduction des minima sociaux, de la flexibilisation du marché de l’emploi, etc.»

«Tous les Français ne sont pas dans la haine des sans-dents»

Sentant monter ce ressentiment à l’égard des plus modestes, ATD Quart Monde a décidé de consacrer sa prochaine «Journée mondiale du refus de la misère», le 17 octobre, à la lutte contre les préjugés. Dans le même temps, ce mouvement a lancé une pétition pour pénaliser la discrimination sociale.

ATD Quart Monde voudrait que l’incitation à la haine des pauvres soit condamnée au même titre que l’incitation à la haine des homosexuels ou des minorités ethniques. «Parce qu’aujourd’hui, comme nous le voyons dans plusieurs municipalités FN, il est possible de construire une politique en se servant des pauvres comme bouc émissaire, sans risque. Le vide juridique permet aux élus de faire et de dire n’importe quoi et ça passe!», s’énerve Typhaine Cornacchiari.

Mais ATD Quart Monde garde l’espoir: «Nous avons publié l’an dernier un livre intitulé «En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté». Il s’est vendu à 36.000 exemplaires. Ce succès de librairie, qui a même étonné notre éditeur, prouve que tous les Français ne sont pas dans la haine des "sans-dents"».

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