Après le scandale de Gowex, l'image des petites entreprises espagnoles menacée

Le scandale de Gowex, petit fournisseur espagnol de wifi dans ...

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Une publicité pour le fournisseur d'accès wifi Gowex à Madrid, le 3 juillet 2014

Une publicité pour le fournisseur d'accès wifi Gowex à Madrid, le 3 juillet 2014 — Gerard Julien AFP

Le scandale de Gowex, petit fournisseur espagnol de wifi dans les lieux publics de grandes villes du monde qui vient de reconnaître d'avoir falsifié ses comptes pendant plus de quatre ans, menace également la réputation des entreprises espagnoles, estiment des analystes.

Le coup est rude. Après avoir disqualifié pendant plusieurs jours les accusations de Gotham City Research, une mystérieuse firme américaine, Gowex, présent dans plus de 90 villes, dont New York, Paris et Madrid, a admis ce week-end que ses comptes ont été falsifiés pendant «au moins ces quatre dernières années».

«Gooooood morning Madrid!!!! Une matinée parfaite pour sortir courir», écrivait encore vendredi sur Twitter le président de Gowex, Jenaro Garcia, décoré du prix d'«Entrepreneur de l'année» 2011 décerné en Espagne par Ernst & Young.

Le lendemain, il confessait au Conseil d'administration avoir falsifié les comptes de la petite entreprise qui faisait jusque-là figure de «success story» et assurait avoir dégagé en 2013 un chiffre d'affaires de 182,6 millions d'euros.

Confronté à ses dettes, le conseil d'administration a annoncé dimanche qu'il demandait le placement en redressement judiciaire de l'entreprise.

«Je suis prêt à assumer les conséquences et collaborer avec la justice», a écrit Jenaro Garcia, affirmant avoir avoué toute l'affaire à un juge.

- Chute de 60% du titre en bourse-

Si le parcours judiciaire de Gowex et de son président s'annoncent long, l'impact sur l'image des entreprises espagnoles ne s'est pas fait attendre.

Cette affaire «a crée un risque pour leur réputation qu'il sera très difficile de réparer», soulignait Alberto Roldan, analyste boursier, même si, pour lui, l'impact devrait rester limité aux petites et moyennes entreprises.

Gowex est coté au marché alternatif boursier de Madrid (MAB). Après avoir perdu plus de 60% de sa valeur entre mardi et mercredi, les autorités du MAB avaient décidé la suspension du titre jeudi matin.

Cet effondrement avait été provoqué par la publication, mardi, d'une étude de 93 pages, signée Gotham City Research. Se présentant comme un cabinet de conseil aux investisseurs, elle qualifiait Gowex de «plaisanterie» et affirmait, après huit mois d'enquête, que plus de 90% de ses revenus publiés étaient «suspects», ses action n'ayant, selon la firme, aucune valeur.

- Impact négatif -

La firme américaine comparait aussi, dans son rapport, le groupe au géant du poisson surgelé Pescanova, dont les soupçons de comptes truqués ont fait scandale en Espagne.

Les analystes de la société de courtage Link s'inquiétent aussi du possible «impact négatif» sur les petites sociétés du MAB.

A raison: toutes les valeurs du MAB ont terminé nettement dans le rouge lundi, certaines accusant des pertes allant de 18 à 21%.

Parmi les plus touchées, quatre entreprises qui avaient rappelé lundi matin, après le scandale, leur volonté de sortir du MAB pour être cotées sur le marché continu espagnol.

«Il est vital que les autorités agissent rapidement pour purger les responsabilités et en adoptant les mesures nécessaires pour que des cas comme celui-ci ne puissent pas se répéter», selon Link.

Tentant de se défendre dès dimanche, le MAB a souligné que sa régulation «est en ligne avec celle de marchés similaires dans les pays de notre entourage».

De son côté, le gendarme boursier espagnol, la CNMV, rappelait dès mercredi que ses fonctions dans cette affaire «se limitent à surveiller les conduites relevant de l'abus de marché et le respect des procédures qui régissent le fonctionnement du MAB».

Dans un communiqué chargé d'ironie lundi, Gotham City Research se moque de tous ceux qui l'ont critiquée et affirme que «les auditeurs, régulateurs, avocats, banques d'investissement et autres détectent rarement la fraude». «Ceux qui font de la vente à découvert le font», écrit-elle.

«Ainsi, peut-être que les acteurs de marchés, les médias et les régulateurs devraient écouter le message des vendeurs à découverts au lieu de tirer sur le messager», tranche la firme américaine.

Une association d'investisseurs professionnels, Asinver, a déposé plainte vendredi devant le Parquet général espagnol.

Asinver accuse non seulement Gowex de «délits présumés de falsification d'informations économiques et financières, falsification de comptes annuels et utilisation d'informations privilégiées» mais aussi le cabinet d'audit M&A, chargé de certifier ses compte, Ernst & Young en sa qualité de conseil et aussi... la Bourse de Madrid.

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