VIDEO. Affaire BNP Paribas: «Menacer les Etats-Unis de représailles est ridicule»

INTERVIEW Michel Crinetz, membre du groupe «Banque» du collectif Roosevelt, réagit vivement aux propos de François Hollande...

Propos recueillis par Céline Boff

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Le président français Francois Hollande (d), son homologue américain Barack Obama (g) et le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius (2e d) lors d'un diner au restaurant Le Chiberta à Paris le 5 juin 2014

Le président français Francois Hollande (d), son homologue américain Barack Obama (g) et le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius (2e d) lors d'un diner au restaurant Le Chiberta à Paris le 5 juin 2014 — Christophe Karaba Pool

«Je ne peux rien faire». C’est grosso modo ce qu’a répondu jeudi Barack Obama à François Hollande. La veille, le président français avait demandé à son homologue américain d’agir dans l’affaire BNP Paribas, tout en sous-entendant que le niveau actuel des sanctions envisagées contre la banque française pourrait entraîner de possibles représailles économiques.

Obama est-il vraiment impuissant? Et Hollande a-t-il joué la bonne carte? 20 Minutes fait le point avec Michel Crinetz, membre du groupe «Banque» du collectif Roosevelt et ancien contrôleur à l’Autorité de contrôle prudentiel.

Obama ne peut-il vraiment pas agir dans ce dossier?

Il pourrait bien sûr passer des coups de fil aux cinq autorités américaines qui poursuivent BNP Paribas, mais pourquoi le ferait-il? Obama a donné des instructions pour poursuivre les banquiers qui ne respectent pas les règles… Il ne va pas dire le contraire aujourd’hui.

Par ailleurs, les cinq poursuivants ont eux aussi des intérêts à défendre. Par exemple, si Benjamin Lawsky, le régulateur bancaire de l’État de New York, parvient à faire payer BNP Paribas, il récupérera 2 milliards sur les 10 milliards de dollars de l’amende. Il va ainsi quintupler le budget de son Département des services financiers (DFS).

Que pensez-vous de la réaction du président français?

Menacer les Etats-Unis de représailles économiques alors que nous ne sommes pas de taille à lutter contre eux est ridicule. Il aurait pu agir officieusement, mais il a choisi d’interpeller officiellement le président américain. C’est le meilleur moyen de se faire mal voir des Etats-Unis, où le mythe de la justice indépendante est très prégnant et où le «french bashing» est déjà à la mode.

Le gouvernement français met dans la balance le traité transatlantique (TAFTA), mais en a-t-il les moyens?

Non, parce que seule la Commission européenne négocie ce traité. La France pourra donner son avis lors du vote du Conseil européen et, en refusant de signer, compromettre la mise en place du TAFTA. Mais je doute de cette issue, puisque Hollande a dit à plusieurs reprises que ce traité était une bonne chose

Quelle carte pourrait jouer le gouvernement?

Il devrait plutôt demander aux autorités françaises et même européennes de changer de braquet dans les sanctions appliquées aux banques. En France, la plus forte amende a été prononcée contre UBS France, reconnue coupable d’aide à la fraude fiscale. Et la sanction s’élève à 10 millions d’euros – contre laquelle la banque a d’ailleurs fait appel. Nous sommes très loin des 10 milliards de dollars évoqués dans l’affaire BNP.

Plus largement, le superviseur grec pourrait attaquer Goldman Sachs pour avoir participé au trucage des comptes de la Grèce, le régulateur italien pourrait poursuivre JP Morgan pour avoir accordé des prêts toxiques aux municipalités italiennes, etc. Pourquoi des sanctions ne sont-elles pas prises contre les mauvaises pratiques des banques américaines?

>> Goldman Sachs, grand gagnant de la crise de la dette grecque

Justement, cette affaire BNP peut-elle constituer un tournant dans la manière dont sont sanctionnées les banques en France?

Je crains que non. Tout ce que Christian Noyer, le président de l’Autorité de contrôle prudentiel, a trouvé à dire, c’est que BNP Paribas n’avait commis aucune faute vis-à-vis des lois françaises et européennes. Ce qui est vrai. Mais prendre la défense d’un établissement n’est pas le rôle du gendarme des banques!

Et aux Etats-Unis?

Les Etats-Unis ont déjà poursuivi plusieurs banques américaines, ils s’attaquent désormais à des banques de toutes nationalités et cela va continuer. Surtout, les Américains poursuivent également des personnes physiques. En Europe, il serait opportun d’agir de même: si des banquiers participent à des fraudes ou à du blanchiment, il n’y a pas de raison qu’ils ne soient pas sanctionnés à titre personnel.

 


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