ÉCONOMIE – L'actuel n°2 du groupe pétrolier devrait en prendre la tête…
La fidélité aura payé. Christophe de Margerie devrait être
nommé mardi au poste de directeur général de Total, sauf surprise de dernière minute. Il succède à Thierry Desmarest, qui conservera les fonctions de président.
Présidant jusqu'à présent le pôle amont (exploration & production), qui représente l'essentiel des bénéfices de l’entreprise, l’actuel numéro 2 du groupe a gravi un à un les échelons d’une des plus grosses entreprises mondiales.
«Roi du brut»
Ce stakhanoviste bien né «aurait pu être le roi du brut (champagne) il a choisi à la place d'être le roi du brut (pétrole)», plaisante Pierre-Emmanuel Taittinger, directeur général du célèbre producteur de champagne, au sujet de son cousin.
Pur produit du pétrolier, Christophe de Margerie intègre le groupe à 22 ans, en 1974, tout juste diplômé de l'Institut universitaire de technologie et de l'Ecole supérieure de commerce de Paris («Sup de co»). Il n’en est jamais sorti depuis.
Moustaches brousailleuses
Affublé de moustaches broussailleuses, souvent comparées à celles d'un morse par certains, à celles arborées par les Prussiens de 14-18 par d'autres, Christophe de Margerie doit encore faire ses preuves dans un domaine : étoffer son réseau.
Son cursus, considéré comme «atypique» dans un milieu où les dirigeants sont issus des grandes écoles, ne lui permet en effet pas de disposer des relations plus «traditionnelles» de l’ENA, X ou Centrale. Qu’importe : sa légitimité n’a jamais été contestée. Outre sa fidélité rare, sa compétence et sa connaissance des métiers du pétrole lui vaut d’être unanimement reconnu.
Garde à vue et procès
Il atteint le sommet du groupe quatre mois après sa mise en examen par le juge Philippe Courroye, qui soupçonne Total d’avoir contourné le programme «
Pétrole contre nourriture» alors qu’il était à la tête de la région Moyen-orient, dans les années 1990. Il sera libéré après soixante-quatre heures de garde à vue. «Ce dossier est vide», tranche-t-il.
Il ne s'agit pas là du seul dossier délicat que devra gérer Christophe de Margerie puisque
s'est ouvert lundi le procès de l'Erika dans lequel Total est accusé de négligence par plus de 70 parties civiles.
Le groupe est également pointé du doigt dans l'explosion de l'usine AZF, près de Toulouse, et des organisations humanitaires en Birmanie accusent Total de soutenir la junte militaire en place.
Penser l’après pétrole
Mais l’urgence pour Christophe de Margerie est d’abord de penser l'après pétrole. Dans une interview accordée récemment au
Financial Times, il affirme que Total devrait un jour ou l'autre s'intéresser aux autres formes d’énergie, notamment au nucléaire. Ce qui ne devrait pas améliorer ses relations avec les associations écologistes.
S.C.