Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif
Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif - A. Gelebart / 20 Minutes

Propos recueillis par Céline Boff

Développer la voiture électrique pour soutenir l’industrie automobile française. C’est l’un des objectifs affichés par Arnaud Montebourg, le ministre de l’Economie, depuis près deux ans, notamment à travers son «plan automobile». Pour favoriser cet essor, il défend aujourd’hui une nouvelle loi. Rencontre.

L’Assemblée nationale se penche ce soir sur une proposition de loi visant à accélérer l’implantation de bornes de recharge pour les véhicules électriques. De quelle manière?

Pour l’instant, les bornes de recharge sont installées par des acteurs économiques, comme ceux issus de la grande distribution, ou par les collectivités locales. Comme il y a encore peu de véhicules électriques dans les communes, les mairies ne voient pas toujours la nécessité d’installer ces équipements. Et si certaines se lancent malgré tout, ces initiatives demeurent éparpillées.

Pour constituer un réseau cohérent sur l’ensemble du territoire, l’Etat encouragera une vision globale qui sera mise en œuvre par un ou plusieurs opérateurs. Ils seront chargés de répertorier l’existant et de combler les manques.

Qui seront le ou les opérateurs?

A l’heure actuelle, deux candidats se sont manifestés: Bolloré et EDF-Renault-Nissan. Quand la loi sera votée, ils nous présenteront leurs projets et nous ferons notre choix. Les collectivités pourront continuer à installer des bornes et seront soutenues grâce à une enveloppe dédiée des investissements d’avenir, de 50 millions d’euros.

Vous voulez donc confier cette mission au privé…

Grâce à notre nouvelle loi, les bornes ne seront plus financées par la puissance publique, mais par l’opérateur. Il ira sur le territoire des communes, leur demandera s’il peut y implanter des infrastructures de recharge, financera ces équipements et se rémunérera sur leur usage. En contrepartie, l’opérateur n’aura pas à verser de redevance aux mairies, au titre de l’occupation du domaine public. Mais les communes n’auront rien à débourser. Cette stratégie nous évite de dépenser de l’argent public, nous sommes donc tous gagnants.

Quel objectif fixez-vous en termes de bornes installées?

Les gens ont peur de la panne. Pour les rassurer, nous voulons une borne tous les 50 km, sachant que l’autonomie d’un véhicule électrique est de 120 km. Il n’est donc pas utile d’en avoir plus. Nous visons 16.000 points de recharge d’ici à la fin 2014, contre 8.000 aujourd’hui. Un certain nombre de ces bornes sont installées en région parisienne grâce à Autolib. Tous ceux qui ont un véhicule électrique peuvent se brancher sur ce réseau… C’est ce que je fais avec ma Renault Zoé.

En attendant, la part du véhicule électrique reste marginale en France

Mais les ventes décollent. Elles ont progressé de +50% en 2013 par rapport à 2012. Soit une hausse plus forte que celle enregistrée par le véhicule hybride à ses débuts. Par ailleurs, les Renault Zoé font surtout un carton dans les villes de moins de 50.000 habitants, là où les trajets domicile-travail sont les plus coûteux, parce que l’offre en transports en commun est réduite voire inexistante. Et c’est précisément dans ces villes que nous voulons implanter des points de charge.

Nous considérons que c’est l’offre en bornes qui créera la demande en voitures électriques. Et je rappelle qu’acheter un tel véhicule, c’est défendre l’industrie française, puisque nous nous imposons comme le leader mondial sur ce segment grâce à Renault et à Nissan.

Quid de la commande publique?

En 2012, le parc automobile de l’Etat comptait moins de cent véhicules électriques et hybrides. En 2013, il en avait plus de 1.270. La commande publique soutient la voiture électrique.

La hausse perpétuelle du coût de l’électricité n’est-elle pas un frein au développement du véhicule électrique?

C’est négligeable. Le plein coûte 2 euros et permet de parcourir 120 km! Par ailleurs, avec le bonus écologique de 6.300 euros, l’acquisition d’une voiture électrique est devenue compétitive par rapport à celle d’un véhicule essence.