Drapeaux européens
Drapeaux européens - 20 MInutes / Varela / Sipa

C.B. avec AFP

La France est-elle une terre hostile à l’entrepreneuriat? Si certains dirigeants tricolores l’affirment et pointent du doigt le poids de la fiscalité hexagonale, ce n’est pas le cas des Américains. Les groupes étasuniens s’offrent régulièrement des entreprises françaises et leur appétit reste tenace, comme le prouve dernièrement la volonté de General Electric (GE) de mettre la main sur la division énergie du fleuron Alstom.

Si les Américains lorgnent ainsi sur les entreprises françaises, mais aussi plus généralement sur les entreprises européennes, c’est surtout pour échapper à la fiscalité… de leur propre pays. Où le taux d’imposition sur les sociétés est l’un des plus élevés au monde, à 35%.

Un impôt «non compétitif»

Cas rare à travers le monde: les Etats-Unis soumettent à l’impôt l’ensemble des bénéfices de leurs entreprises, y compris ceux engrangés hors de leur territoire… Mais avec une exception de taille: les firmes peuvent en stocker une partie à l’étranger, indéfiniment et hors de portée du fisc.

Une opportunité à côté de laquelle ne sont pas passés les géants de Wall Street: au fil des ans, ils auraient accumulé plus de 2.000 milliards de dollars de cash hors du territoire américain, d’après une évaluation du cabinet AuditAnalytics. Et ce, principalement en s’offrant des entreprises en Europe, où l’impôt sur les bénéfices est plus faible.

Certains dirigeants américains ne s’en cachent pas, comme Ian Read par exemple, le patron du laboratoire Pfizer, qui cherche à racheter son concurrent britannique AstraZeneca. Lors de la présentation de son offre d’acquisition lundi, il a reconnu que l’impôt américain sur les sociétés était «non compétitif».

Autre exemple: le géant Apple. Sans lancer d’OPA en Europe, la firme à la pomme fait néanmoins tout pour ne pas rapatrier ses fonds aux Etats-Unis. En 2013, le géant de l’informatique a ainsi préféré s’endetter pour distribuer 100 milliards de dollars à ses actionnaires plutôt que de puiser dans ses réserves offshore, évaluées à 54 milliards de dollars.

«Le système américain est le pire au monde»

Si les fiscalités française et européenne incitent donc les Américains à mettre la main sur des entreprises du Vieux Continent, cela n’enlève rien à la valeur intrinsèque des groupes européens. Selon plusieurs spécialistes de la fiscalité américaine, l’incitation fiscale ne peut pas à elle seule motiver une fusion-acquisition si elle n’a pas de sens au niveau industriel.

Au final, ces experts estiment que la fiscalité américaine pénalise surtout les Etats-Unis, puisque leurs firmes n’utilisent pas leur argent «pour acheter des entreprises américaines, pour financer des infrastructures aux Etats-Unis ou pour payer des dividendes. C’est un grave problème parce que cet argent ne soutient donc pas la croissance économique aux Etats-Unis», souligne Robert Pozen, ancien patron de fonds d’investissement. Pour Victor Fleischer, professeur à l’Université de San Diego, le système américain est même tout simplement «le pire au monde».