Une morille du lac Léman, en Haute Savoie 
Une morille du lac Léman, en Haute Savoie  - Christophe Perchat

Souhir Bousbih

Les Français en sont très friands (la France est le 1er pays consommateur au monde), mais jusqu’à présent, seuls  les Chinois détenaient le secret de la culture industrielle de la morille. Premier producteur mondial, ils en commercialisent environ 80 tonnes par an. Américains et Européens s’y sont bien tentés, sans succès. Les conditions climatiques et la qualité de la terre n’étaient pas adaptées au capricieux champignon, qui semblait destiné à rester la chasse gardée de la Chine. Mais ça, c’était avant.

Une entreprise originale

En 2009, Christophe Perchat, un entrepreneur en reconversion, s’est lancé le pari fou de produire  massivement des morilles en France: « L’idée m’est venue un beau matin. Après un gros problème de santé, j’ai décidé de me recentrer sur ce que j’aimais le plus. C’est là que je me suis souvenu qu’enfant, j’adorais aller récolter des champignons avec mon grand-père »,explique-t-il. De là à songer à la morille, il n’y a qu’un pas: «  C’est le champignon le plus cher après la truffe. Réussir à le faire pousser, c’est le graal des chercheurs et des agriculteurs depuis 200 ans

Le rêve prend forme quand il tombe sur les recherches d’un professeur chinois,  Dr Zhu, dépositaire d’un brevet de culture artificielle de morilles. Christophe Perchat  va à sa rencontre dans la province de Sichuan, et rentre en France avec deux souches de « morchella conica », issues de cultures locales : « Nous avons commandé une étude auprès de l’Institut national de l’agronomie (INRA) pour déterminer si c’était la même espèce qu’on retrouvait dans nos forêts. Et c’était le cas

Une récolte « géniale » fin avril

Les choses se sont alors enchaînées.  Assurés que les sols permettaient la pousse, Christophe Perchat et son équipe, réunis dans la société France Morilles, reçoivent à leur tour l’équipe du professeur Zhu. Ils apprennent à fabriquer une semence à partir d’un mystérieux substrat organique, et à préparer le terrain pour le cultiver: «Nous avons fait une fiche climatique pour voir où la morille pouvait pousser, mais la technique finalement prime sur le climat. On en est à cinq lieux ( Dordogne, Lot-et Garonne, Eure-et-Loir et deux en Haute-Savoie), mais on peut en envisager d’autres à l’avenir».

L’entreprise séduit de plus en plus de licenciés, mais Christophe Perchat avertit: « Nous avons l’intention d’ouvrir la culture à beaucoup d’agriculteurs, et leur transmettre notre savoir-faire. Seulement il faut savoir qu’au départ, si on n’est pas équipé de tunnel agricole, comme les pépiniéristes et les horticulteurs, l’investissement peut être lourd. Il faut compter environ 50000 euros.»

La première récolte , prévue dans quelques jours, s’annonce très bonne: « On s’attend à un rendement de deux à trois tonnes par hectare, notamment  Eure-et-Loir. C'est génial.» Quand on sait que le kilo se vend entre 80 et 100 euros, il y a des raisons d‘être satisfait…