Illustration d'un enfant avec une tablette.
Illustration d'un enfant avec une tablette. - SERGE POUZET/SIPA

INTERVIEW Le psychologue et psychanalyste Michaël Stora spécialiste de l'addiction aux jeux vidéo livre à «20 Minutes» ses recommandations pour un bon usage des tablettes destinées aux enfants...

Les tablettes pour enfants sont annoncées comme l’un des cadeaux stars cette année à Noël: les fabricants multiplient les modèles dès l’âge de 3 ans et les enfants sont de plus en plus nombreux à les réclamer à leurs parents. Alors que des voix s’élèvent dans la communauté scientifique pour alerter les parents sur les dangers d’un usage excessif des écrans chez les plus jeunes, Michaël Stora, psychologue-psychanalyste, co-fondateur de l’OMNSH (Observatoire des Mondes Numériques en Sciences Humaines) et co-auteur de L’enfant au risque du virtuel (Dunod, 2006), décrypte les avantages et les risques de ces jouets digitaux.

Est-il recommandé d’offrir une tablette à ses enfants?

La vraie question c’est qu’aujourd’hui les enfants souhaitent des jouets électroniques. Et dans la série il y a quelques tablettes qui sont plutôt positives car elles ont un accès à Internet sécurisé et des jeux bien faits.

A partir de quel âge les conseillez-vous?

Six ans, me semble le bon âge. C’est l’âge où on entre à l’école  et où l’on aime bien apprendre autrement. A l’école, on apprend à lire et à écrire sans toujours y mettre du plaisir. Les tablettes peuvent alors constituer un bon complément éducatif pour jouer autour de l’apprentissage des lettres et des mots. Et à partir de 6 ans, l’enfant peut commencer à s’autonomiser dans cet usage-là. Mais ces tablettes doivent rester ludiques et ne doivent pas à tout prix être éducatives pour légitimer les inquiétudes des parents.

Et avant six ans?

Avant, il faut un accompagnant. Entre 3 et 6 ans, le jeu n’a de valeur et d’intérêt pour l’enfant que parce qu’il est partagé dans un premier temps avec les parents. Comme le coloriage permet de préparer l’entrée en CP en favorisant le développement d’une motricité fine et le respect de règles («ne pas dépasser des lignes noires»), jouer avec des codes couleurs et des formes sur des jouets digitaux peut contribuer à développer les aptitudes sensorielles de l’enfant.

Faut-il limiter l’usage de ces tablettes?

Je suis psychologue et je ne fais donc pas de prescription. Mais il est vrai que dans l’idéal, il faut par exemple éviter d’utiliser une tablette avant de s’endormir car cela a tendance à être très stimulant. D’une façon générale, il est évident que c’est toujours une question de contexte et de dosage. Avec des parents hyper absents, c’est cette absence qui est la plus traumatisante pour l’enfant plus que l’image elle-même. De même, dans la crainte que la tablette devienne une «nurse digitale», ce n’est pas tant l’objet lui-même qui est en cause que le contexte social. Enfin, quand un enfant passe trop d’heures devant sa tablette, cela devient inquiétant parce que c’est souvent révélateur d’autres problèmes: l’enfant est inhibé et préfère maîtriser l’image parce qu’il n’arrive pas à maîtriser le reste de sa vie.

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