Entrepreneur senior au travail.
Entrepreneur senior au travail. - SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA
* Claire Planchard

C’est un phénomène qui prend de l’ampleur et qui est promis à un bel avenir. Une étude présentée ce mardi par les associations d’assurés Alptis met en lumière qu’environ 13% des créateurs d’auto-entreprises ont aujourd’hui plus de 50 ans. Une proportion qui atteint près de 16 % chez les créateurs d’entreprises, selon l’Insee. En 2011, 20% des entrepreneurs de plus de 50 ans avaient même lancé leur propre activité ou pris la direction d’une entreprise après avoir atteint 50 ans.

Le chômage, mais pas seulement

Ancien cadre licencié devenu consultant indépendant pour vendre son expertise, artisan retraité qui continue à exercer son savoir-faire comme auto-entrepreneur pour compléter sa pension, ou salarié passionné bridé dans sa carrière qui décide de lancer sa propre boite: les parcours de ces entrepreneurs seniors reflètent une grande variété de statuts et de motivations.

«Contrairement à ce que l’on aurait pu penser, la grande surprise de cette étude est que  le chômage ou une situation d’emploi précaire n’est un moteur que dans 30 à 40% des créations, entreprises et auto-entreprises confondues. C’est significatif mais ça ne suffit pas à expliquer ce phénomène», souligne l’économiste Stéphane Rapelli, coauteur de l’étude.

Garder une activité, rester actif socialement ou compléter sa pension seraient ainsi les principales motivations des auto-entrepreneurs seniors, plus souvent déjà retraités.

Et si 51% des créateurs d’entreprises de plus de 50 ans étaient effectivement sans emploi ou inactifs (contre 52% tous âges confondus), ils témoignent également d’une véritable fibre entrepreneuriale: «A cet âge ils ont souvent fini de payer leur maison, leurs enfants sont grands, ils ont acquis un réseau et une expérience professionnels: autant d’atouts qui rassurent les banques mais leur permettent aussi de se lancer pour s’éclater professionnellement une dernière fois», note Stéphane Rapelli.

Une solution d’avenir

«Il faut rajeunir notre regard sur les seniors: aujourd’hui, à 60 ans, ils ont encore 30 ans de vie devant eux, sont suffisamment en forme pour se projeter dans l’avenir et surtout ont du talent, des envies, un relationnel et des expériences qui leur permettent grâce à la création ou la reprise d’une entreprise de contrecarrer cette définition par l’âge que l’entreprise leur renvoie toujours à la figure et de trouver une nouvelle jeunesse», s’enthousiasme Serge Guérin, sociologue spécialiste des seniors et coauteur de l’étude commandée par Alptis.

A l’heure de l’examen du nouveau projet de réforme des retraites qui prévoit notamment d’allonger la durée de cotisation nécessaire pour bénéficier d’une retraite à taux plein à l’horizon 2035, cet entrepreneuriat senior apparaît surtout comme une «des pistes» pour sortir par le haut du problème du chômage des plus de 50 ans  - 40% des 55-64 ans ont un emploi selon l’Insee, soit 10 points de moins que la moyenne européenne - et des pensions de retraites en baisse.

«Cette variété de profils montre aussi que l’on a besoin d’une stratégie à la carte car tous les seniors n’ont ni les mêmes revenus, ni la même expérience, ni les mêmes envies. L’entrepreneuriat permet de rendre les seniors plus acteurs face à ces contraintes économiques», estime Serge Guérin.