Devant l'usine Goodyear à Amiens.
Devant l'usine Goodyear à Amiens. - Michel Spingler/AP/SIPA

Bertrand de Volontat

Six ans déjà! Un bras de fer oppose depuis 2007 la direction et les syndicats de l'usine Goodyear d’Amiens-Nord, qui fabrique des pneus tourisme et agricole. En 2008 et 2009, la justice a empêché la mise en œuvre de plans sociaux, prévoyant respectivement 402 et 817 suppressions d'emploi sur le site.  Mais le 31 janvier dernier la direction a annoncé la fermeture de l’usine accompagnée d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) pour les 1.173 ouvriers.

Titan contre la CGT

Et Goodyear devant le Comité central d'entreprise du 28 mai a révélé qu'aucun candidat crédible ne s'était présenté pour la reprise de la fabrication de pneus agricoles, présumée plus rentable que l'activité tourisme. Le seul repreneur Titan dont les propos résonnent encore dans les murs de l’usine, s’étant retiré. «Les salariés français [de l’usine] touchent des salaires élevés mais ne travaillent que trois heures. Ils ont une heure pour leurs pauses et leur déjeuner, discutent pendant trois heures et travaillent trois heures», avait lâché Maurice Taylor.

La CGT, syndicat majoritaire souvent pointé du doigt comme étant la cause de cette situation pour avoir refusé des accords à de nombreuses reprises (voir notre éclairage), a cherché le 19 juin à faire annuler le PSE. En vain pour l’instant puisque le juge des référés de Nanterre a rejeté sa demande. Malgré tout une nouvelle audience est prévue par le TGI de Nanterre ce vendredi.

Une commission d’enquête pour le futur

Ce refus a fait l’effet d’un électrochoc. L’Assemblée nationale  a voté dans la foulée le 26 juin la création d'une commission d'enquête sur la fermeture de l'usine.  Celle-ci vise à examiner les «causes économiques et financières» du projet de fermeture de l'usine, ainsi que ses «conséquences économiques, sociales et environnementales». Cinq auditions sont prévues ce mois-ci dont une qui se tenait mardi. Si Amiens-Nord est pratiquement vouée à la fermeture, des restructurations à venir chez Sanofi, Canon, Ricoh ou encore Aperam, pourraient profiter des bénéfices de cette commission.

Mais signe que la partie n’est encore tout à fait terminée, le CHSCT de Goodyear d'Amiens-Nord a assigné en référé la direction et demande la suspension de la restructuration estimant que les informations relatives à la situation du site et des salariés ne sont pas fournies. Fiodor Rilov, l’avocat «star» des ouvriers, plaidera en leur faveur ce mercredi.  «Ce qui est dit par la direction sur la santé du groupe n’est pas en accord avec la réalité, explique l’avocat contacté par 20 Minutes. Goodyear a triplé son résultat net annuel après impôt.» Et d’ajouter: «Goodyear a augmenté sa production globale de 10% au même moment où la direction diminuait l’activité de l’usine de 80%.»

Ne pas devenir des Conti bis

L’avocat refuse que l’épisode du licenciement des 700 salariés de l’usine Continental de Clairoix se répète à Amiens-Nord -licenciements invalidés pour motif économique par le conseil des prud'hommes de Compiègne le 31 août ouvrant la voie à des indemnisations. «Les salariés de Conti ont eu la faiblesse de croire que le dialogue social pourrait les sauver. Ils sont signé une baisse de leur salaire et une hausse de leur temps de travail pour préserver leur emploi. Quelques mois après, la direction a fait fi de l’accord, fermant l’établissement et supprimant tous les postes. Les dirigeants savent qu’il ne leur en coûtera que des indemnités de licenciement.» Si il est clair que la CGT ne signera pas un tel accord, l'usine étant quasiment condamnée, l'objectif pourrait désormais d'être de toucher un maximum d'indemnités.