Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, le 17 juillet 2013 à Matignon.
Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, le 17 juillet 2013 à Matignon. - REVELLI-BEAUMONT/SIPA

Mathieu Bruckmüller

L’automne s’annonce salé pour les ménages. Le 25 septembre, le ministre de l’Economie présentera son projet de loi de finances pour 2014 en Conseil des ministres avec à la clé une augmentation des impôts de 6 milliards d’euros, une semaine avant la présentation de la réforme des retraites, examinée par le Parlement en octobre. Il y a urgence. Si rien n’est fait, le déficit cumulé des régimes de retraites atteindra les 20 milliards d’euros d’ici 2020.

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La bataille public-privé

Une chose est certaine, il n’est pas question pour l’exécutif de reculer l’âge de départ à la retraite, aujourd’hui à 62 ans pour les personnes nées après 1955, après avoir donné la possibilité à ceux ayant commencé à travailler très jeune de partir dès 60 ans.

Sur la question ultra-sensible de la base de calcul des pensions fixée au 25 meilleures années dans le privé et sur les six derniers mois dans le public, pas de révolution à venir. Tout au plus un léger rapprochement entre les deux. Le rapport de la Commission Moreau remis en juin et qui sert de base à cette réforme suggérait de faire passer la durée de référence de trois à dix ans en y intégrant les primes.

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Allongement de la durée de cotisation

En revanche, un allongement de la durée de cotisation est acquis. Les experts de la Commission proposait de l’augmenter «rapidement» à 43 ans pour la génération née en 1962, puis à 44 ans pour les personnes nées en 1966, contre 41,5 ans actuellement. Reste à voir si François Hollande poussera le curseur aussi loin. Pour un jeune qui trouve son premier emploi à 26 ans, cela voudrait dire travailler jusqu’à 70 ans pour avoir une pension à taux plein.

Autre levier pour redresser les comptes des régimes de retraite, soumettre à l’impôt sur le revenu la majoration de 10% des pensions pour les parents avec plus de 3 enfants, un dispositif qui coûte 5,7milliards d’euros par an. Cette fiscalisation permettrait de rapporter 800 millions d’euros.

Une perte de pouvoir d’achat

Et pour éviter d’augmenter les cotisations des entreprises, donc le coût du travail, au moment où l’exécutif fait de la compétitivité son cheval de bataille, ce dernier devrait proposer une hausse de la contribution sociale généralisée (CSG). Principal avantage: une assiette dite large frappant 97% des revenus salariaux et du patrimoine.

Ce lundi, Les Echos évoquent une augmentation de 0,2 à 0,5 point pour un rendement de 2,4 milliards à six milliards d’euros. En prenant le salaire brut moyen des Français qui était de de 2.764 euros en 2010 selon l’Insee, une progression de la CSG de 0,2 point représenterait une perte de pouvoir d’achat d’environ cinq euros par mois sur la fiche de paie.

Gare à l’effet psychologique

«Cette hausse marginale peut cependant avoir un effet psychologique auprès des Français plus important que son effet réel», met en garde l’économiste Philippe Crevel. Au moment, où le chef de l’Etat perçoit une fragile reprise, il ne faudrait pas casser le dernier ressort d’une croissance toujours atone: la consommation. D’autant que les retraités qui bénéficient d’un taux réduit de CSG à 6,6% sur leur pension contre 7,5% pour les revenus actifs pourraient voir cet avantage disparaître.

Mais le gouvernement doit certainement se dire qu’une hausse de la CSG frapperait aussi les revenus du patrimoine aujourd’hui frappés par des prélèvements sociaux de 15,5%. «C’est un calcul politique. Au lieu d’épargner, il s’agit d’inciter les Français à consommer pour éviter l’effet récessif d’une hausse de la CSG», décrypte Philippe Crevel.