Le ministère de l'économie à Bercy.
Le ministère de l'économie à Bercy. - JPDN/SIPA

ECONOMIE – Un économiste bat en brèche deux études récentes...

C’est une information qui a fait le buzz. L’Institut Molinari, libéral, avec le cabinet Ernst & Young, publiait à la mi-juillet une étude sur «le fardeau social et fiscal de l’employé moyen au sein de l’Union européenne». Elle révélait qu’en France, il fallait travailler jusqu’au 26 juillet «pour financer les dépenses publiques» avant d’être fiscalement libre.

La Belgique, championne de la pression fiscale

Autrement dit, les sept premiers mois servent à payer les charges patronales, les charges salariales, les impôts sur le revenu et la TVA. Ensuite tout ce que vous gagnez va vraiment dans vos poches. La France prend ainsi la deuxième place des pays qui taxent le plus dans les 27 de l’Union européenne avec un taux de prélèvement obligatoire de 56,61%, le premier du classement étant la Belgique (60,25%).

Dans la même veine, l’association Contribuables associés fixait le jour de «libération» au 29 juillet, soit «209 jours en moyenne pour financer les dépenses de l’Etat, de la Sécurité sociale et des collectivités territoriales...». Et de poursuivre : «Fêter ce jour symbolique est un moyen de protester contre la dépense publique. En France aujourd’hui, malgré la crise et le chômage, malgré la dette démesurée, les pouvoirs publics continuent de dépenser à pleines mains! Jusqu’à quand les élus vont-ils mener la grande vie, embaucher de nouveaux fonctionnaires à tour de bras, multiplier les projets inutiles et les investissements démagogiques aux frais des Français?»

Les limites d’un raisonnement qui manquerait de sens

Mais Henri Sterdyniak, directeur du département économie de la mondialisation de l'OFCE, tient dans un article à montrer les limites de ce raisonnement. Le signataire du Manifeste d'économistes atterrés rappelle que 18% du PIB est produit par les administrations. «L’enseignante, l’infirmier, l’aide-soignante, les gardes maternelles, l’éboueur… fournissent des services aux ménages. Si ceux-ci n’étaient pas fournis par l’Etat, les collectivités locales ou les hôpitaux, les ménages devraient les payer. Les parents devraient rémunérer les enseignants de leurs enfants. Chacun devrait souscrire une assurance privée pour la maladie, d’autant plus coûteuse qu’il est en mauvaise santé ou qu’il a des enfants. Toutes les routes devraient être payantes», explique-t-il.

Autre oubli à ses yeux: sur environ 201 jours de travail, soi-disant pour l’Etat, 90 représentent des transferts aux ménages qu’il s’agisse des retraites, des prestations familiales, des indemnités maladie-maternité-chômage, du revenu de solidarité active… «Quand bien même un salarié travaille deux mois par an pour payer ses cotisations retraites, celles-ci ne vont pas nourrir une quelconque bureaucratie ou remplir de prétendues poches publiques: elles sont immédiatement reversées à ses parents ou grands-parents. Dans le même temps, elles lui ouvrent un droit à une retraite future», relève Henri Sterdyniak.

Selon lui, prétendre travailler près de sept mois par an pour l’Etat n’a pas de sens: «Certes, les dépenses publiques doivent être gérées avec rigueur, mais si la France a plus de dépenses publiques que la plupart des pays de l’OCDE, ce n’est pas que le fonctionnement de son administration soit plus coûteux mais qu’elle a choisi d’avoir un système de protection sociale relativement généreux en matière de retraites publiques, de prestations familiales et d’allocations chômage. C’est aussi que les Français ont beaucoup d’enfants, que l’école est gratuite, que la garde des jeunes enfants est subventionnée».

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