Emploi des seniors: «Il faut instaurer des quotas»

INTERVIEW – C'est ce que défend Jean-Pierre Wiedmer, président de HSBC Assurances...

Propos recueillis par Céline Boff

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Jean-Pierre Wiedmer,  président de HSBC Assurances

Jean-Pierre Wiedmer,  président de HSBC Assurances — /Bruno des Gayets

La réforme des retraites se prépare et s’oriente vers un allongement de la vie professionnelle… Alors que le chômage continue sa progression et que le taux d’activité des seniors reste faible dans notre pays –malgré la loi de 2009 sur les plans seniors, dont le bilan est mitigé.

Selon l’Insee, le taux d’activité des 55-64 ans se situe à 39,7% dans l’Hexagone, quand il atteint 46,3% en moyenne dans l’Union européenne. Faut-il passer à la vitesse supérieure? 20 Minutes fait le point avec Jean-Pierre Wiedmer, président de HSBC Assurances et auteur de «Tant qu’il y aura des seniors», publié aux éditions Nouveaux débats publics (18 euros).

Trois Français sur quatre sont pour l’instauration d’un quota de seniors dans les entreprises révèle ce lundi un sondage. Y êtes-vous également favorable?

Il y a urgence à ce que l’image des seniors dans les entreprises évolue, et bien que je ne sois pas un adepte des quotas, force est de constater que ces derniers accélèrent considérablement les mutations. Nous l’avons vu en matière d’égalité homme-femme, avec la loi Zimmermann-Copé qui vise à féminiser les conseils d'administration. Je suis donc favorable à leur mise en place pour les seniors, mais de manière temporaire.

Avec quel seuil?

La proportion de seniors dans les entreprises devrait être la même que dans la société. Si une entreprise en dénombre moins, c’est qu’elle continue de les utiliser comme une variable d’ajustement de ses coûts, un réflexe dévastateur acquis depuis le premier choc pétrolier.

Vous dites que l’emploi des seniors ne nuit pas à l’emploi des jeunes. Il n’empêche qu’à l’heure actuelle, il n’y a pas suffisamment de postes pour tout le monde…

Ces deux catégories sont régulièrement opposées alors qu’elles ne concourent pas pour les mêmes postes. Par ailleurs, nous constatons que le chômage des jeunes et celui des seniors coexistent, au point que l’on peut même considérer qu’ils ne sont pas indépendants l’un de l’autre, mais liés. C’est notamment le cas en France. A l’inverse, les pays nordiques, qui ont instauré une politique active en matière d’employabilité des seniors, ont de bons taux d’emplois des seniors mais aussi des juniors… Tout simplement parce que les seniors, de par leur expérience, créent de la valeur, et donc des emplois, dont profitent les plus jeunes.

Dans les entreprises, la tendance est à la modération salariale, ce qui semble incompatible avec une vraie politique de recrutement des seniors…

La priorité des entreprises doit être de conserver leur expérience et leur savoir. L’économie sur les coûts peut être obtenue en modulant le temps de travail des seniors ou en les affectant à des postes moins opérationnels, et donc potentiellement moins bien rémunérés. En France, nous avons une vision très linéaire de la rémunération, qui doit progresser constamment avec l’âge. Mais nous sommes une exception! Dans bien d’autres pays développés, l’évolution du salaire s’apparente à une forme de cloche. Bien sûr, ceci ne peut pas être imposé, mais il faut instaurer davantage de flexibilité.

Vous dites que l’allongement de la vie professionnelle est une chance, mais les Français n’en veulent pas…

D’après nos études, ce dont les Français ne veulent pas, c’est d’un âge couperet pour la retraite. Ils souhaiteraient plutôt l’instauration d’une retraite à la carte. A nouveau, cette notion de la flexibilité revient. Et je tiens à dire que je n’ai pas rédigé un livre pour sauver le soldat retraite, mais parce que mieux employer les seniors nous apporterait, j’en suis convaincu, des points de croissance supplémentaire. Je crois beaucoup aux seniors comme solution pour la nation.

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