Virgin: «Le chômage, c'est maintenant»

SOCIAL – Les salariés de l'enseigne se mobilisent une dernière fois, avant la décision du tribunal de commerce de Paris, dans laquelle ils placent peu d'espoir...

Céline Boff

— 

Le 10 juin 2013, des salariés de Virgin Mégastore se sont rassemblés avenue des Champs Élysées alors que le tribunal de commerce doit examiner les différentes offres de reprise.

Le 10 juin 2013, des salariés de Virgin Mégastore se sont rassemblés avenue des Champs Élysées alors que le tribunal de commerce doit examiner les différentes offres de reprise. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Ce lundi matin, ils sont quelques dizaines à s’être rassemblés devant le 52 avenue des Champs-Elysées, à Paris, devant les portes closes de l’ex-magasin le plus emblématique de leur groupe, Virgin Megastore. Ils portent tous, ou presque, leur tenue de travail, cette veste rouge estampillée au nom de leur enseigne.

Certaines sont agrémentées des mots «suicide» ou «RIP Virgin», griffonnés au marqueur noir. Les badauds et autres touristes contournent les salariés présents, presque sans les voir, et les quelques coups de corne de brume ne parviennent pas à réchauffer l’ambiance.

«Mon premier client connu, c’était Elton John!»

«J’ai pleuré la semaine dernière au milieu des rayons vides. Le magasin, c’est fini, il n’y a plus de CD, plus de produits, plus de clients… Je n’ai pas de mots pour vous dire ce que je ressens», lâche Meïssa, 55 ans. Elle avait fait l’ouverture du «Virgin des Champs», en octobre 1988. «Jamais je n’aurais imaginé en faire aussi la fermeture. Mon premier client connu, c’était Elton John! J’ai aussi eu Claire Chazal en caisse et j’ai fait une photo avec Tina Turner… Voilà, tout ça, c’est terminé.»

Carole, 44 ans, et Yvelise, 48 ans, ont fait le déplacement depuis Bordeaux. Elles ne voulaient pas manquer «la dernière mobilisation». «Aucun projet de reprise ne concerne notre magasin. Pour nous, c’est terminé, mais nous voulions partager ce dernier moment ensemble», explique Carole, qui avait fait l’ouverture du magasin bordelais, il y a vingt-trois ans. «Le plus dur, c’est que la marque Virgin disparaisse… Vous vous rendez compte, il n’en restera plus rien!»

Yvelise aimerait bien que l’argent des soldes soit reversé dans le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), pour réparer un peu cet épisode «traumatisant»: «Les clients se sont comportés comme des charognards. Ça a été trois jours d’enfer… Aujourd’hui, la colère est passée. Ce qui reste, c’est la tristesse».

«Tout dans les fesses, rien dans les caisses»

A quelques mètres d’elles, des pancartes clament «Le chômage, c’est maintenant», «Virgin, date de péremption: juin», ou un plus grivois «Tout dans les fesses, rien dans les caisses», brandi par Valentin, 24 ans. Il est arrivé ce matin de Strasbourg et se sent «dépité»: «Depuis janvier, j’ai l’impression d’être sur le Titanic. Je sais que le bateau va finir par sombrer et qu’il y a très peu de canaux de sauvetage. Aujourd’hui, personne ne croit plus au repreneur. Nous nous battons seulement pour de l’argent… Lagardère doit mettre la main à la poche».

Les deux dernières offres de reprise, celles de Cultura et de Vivarte, sont «clairement décevantes», résume un salarié élu du comité d’entreprise. Elles préserveraient seulement quelques dizaines d’emplois. Les salariés misent donc tout sur le PSE, doté pour l’heure d’environ huit millions d’euros, à diviser par 960, voire plus, puisque les salariés des filiales, comme Virgin café, y ont été intégrés. Les syndicats voudraient que les fonds atteignent au moins 15 millions d’euros.

Et c’est ce que les salariés comptaient bien défendre en gagnant, en fin de matinée et en cortège, le siège de Lagardère, avant de rejoindre le tribunal de commerce de Paris pour la probable dernière audience concernant leur groupe. 

Mots-clés :