Syndicat: A quoi sert la CFE-CGC?

SOCIAL Le syndicat de l’encadrement tient son 35ème congrès à Saint-Malo jusqu’à vendredi dans un contexte de guerre de succession et de crise d’identité...

Claire Planchard

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Un responsable de la CFE/CGC de l'usine de Rennes-La Janais devant l'usine  PSA Peugeot Citroen- La Janais en août 2012.

Un responsable de la CFE/CGC de l'usine de Rennes-La Janais devant l'usine PSA Peugeot Citroen- La Janais en août 2012. — F.LEPAGE/SIPA

Représentative oui, mais de qui? Malgré son récent succès aux dernières élections syndicales, (9,4% des voix au total dans le privé) lui assurant la représentativité, la question continue à tarauder la centrale.

Crise identitaire

Au cœur des débats: l’identité «catégorielle» du syndicat, né en 1944 pour défendre les intérêts des cadres et de l'encadrement «tant dans l'entreprise que dans la société», de la retraite complémentaire au forfait «cadre» de la réforme des 35h. En décembre, une assemblée générale extraordinaire avait tranché: après une brève tentation de rapprochement avec l’Unsa pour devenir un syndicat «généraliste», la CFE-CGC avait finalement décidé de ne rien changer. Et ce nouveau congrès ne devrait pas revenir dessus.

«Cette question va être évitée pour se centrer sur la succession de son président Bernard Van Craynest, mais c’est une interrogation qui va inévitablement ressurgir», analyse Bernard Vivier, spécialiste des relations sociales et président de l’Institut Supérieur du Travail.

Perte de terrain chez les cadres

Les bons résultats électoraux du syndicat cachent en effet une perte de terrain chez sa clientèle de traditionnelle: plus de 50% des adhérents de la CFE-CGC sont aujourd’hui non cadres (techniciens, agents de maitrise ou même employés). Et au sein du collège de l’encadrement, avec 18,14% des voix, elle reste loin derrière la CGT (21%) mais surtout de la CFDT (26,8%).

«Tant que l’exception de représentativité réservée à cette "confédération catégorielle interprofessionnelle" dans la loi de 2008 est maintenue [10% dans le seul collège encadrement aux élections professionnelles dans les entreprises contre 10 % de l'ensemble des suffrages pour les autres, NDLR], la CFE-CGC est relativement protégée, mais si elle tombe alors ce sera beaucoup plus difficile», analyse Elodie Béthoux, auteur, avec G. Desage, A. Mias et J. Pélisse, de la «Sociologie d'un syndicalisme catégoriel: la CFE-CGC ou la fin d'une exception ?» (Armand Colin, avril 2013).

En cause, notamment, la banalisation du statut de cadre dans le contexte de crise. «L’évolution de la société, des institutions et des entreprises est en train d’effacer ce qui permettait à la CFE-CGC d’exister: la frontière entre cadre et non cadre devient floue et poreuse, des institutions catégorielles comme l’Agirc sont en train de fusionner avec le régime non-cadre Arrco, et au niveau européen, la CFE-CGC n’a pas d’équivalent sur qui s’appuyer», souligne Bernard Vivier.

Expertise et concertation

Dans ce contexte, la CFE-CGC doit donc plus que jamais «reconquérir la population de l’encadrement mais aussi élargir ses bases sociologique et électorale», estime Elodie Béthoux. Pour y parvenir, elle dispose de certains atouts. Elle a notamment fait de la défense des «classes moyennes» son crédo, y compris sur des questions de logement, de retraite ou de pouvoir d’achat. 

Elle peut aussi se prévaloir de son expertise et de sa connaissance fine de l’entreprise, tout comme de son positionnement réformiste marqué et son intérêt pour la concertation. Une culture syndicale valorisée, à l’heure où le dialogue social à l’allemande est érigé comme modèle.

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