Quand l'Etat loue son patrimoine pour arrondir ses fins de mois

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Publié le 19 mars 2013.

BUDGET – Prisons, bases aériennes, préfectures, monuments nationaux: la location de ces lieux aux professionnels de l'image et de l'événementiel rapporte près de 10 millions d'euros par an à l'Etat...

Réserver la salle des Accords de grenelle au ministère du Travail, le Musée de l’air et de l’espace au Bourget ou encore une salle d’audience de la Cour d’appel de Lyon, c’est possible. Depuis 2007, l’Etat ouvre certains sites à la location pour des tournages de films ou des événementiels.

Parmi les lieux disponibles, on trouve quelque 450 tribunaux, 190 prisons, 100 casernes et bases navales et aériennes, 35 hôpitaux ou encore 200 monuments nationaux. Et peut-être bientôt l’Elysée, en tout cas pour des événements ponctuels. «Ce palais a fait appel à nos services pour déterminer sa tarification», confie André Etancelin, de l’Agence du patrimoine immatériel de l’Etat (Apie). Cette entité a été créée en 2007 pour accompagner les administrations dans l’optimisation de leurs actifs.

La réception de l’événement facturée en moyenne 20.000 euros

Si les établissements publics cherchent à se louer, c’est avant tout pour renflouer leurs caisses. C’est le principe: les recettes générées sont entièrement affectées aux sites organisateurs. Qui facturent en moyenne autour de 2.500 euros la journée de tournage et 20.000 euros la réception d’un événement privé.

Et ca marche. En 2012, les administrations ont accueilli près de 500 tournages. L’offre événementielle, plus récente, a également le vent en poupe. Au mois de janvier, la maison Dior a organisé son défilé hommes au cœur de l’état-major de la Garde républicaine à Paris. Si le montant de cette location n’a pas été dévoilé, les fonds vont permettre à la Garde «de rénover les boxes et la carrière pour les chevaux», explique le colonel de Castelbajac. Ces travaux n’auraient pu être financés sans cette opération.

L’histoire est la même pour la préfecture de Tours. Elle a accueilli l’été dernier le tournage de la série télévisée Les Hommes de l’ombre, avec Nathalie Baye. Les recettes –environ 20.000 euros– ont permis de rénover le piano préfectoral et d’organiser des concerts pour la population.

Le ministère de la Justice au Festival des scénaristes

Au-delà des sites, l’Etat loue également son matériel. Comme cet A310 prêté par le ministère de la Défense à la production du film Quai d’Orsay, réalisé par Bertrand Tavernier. Autre corde à l’arc des administrations: le conseil. Ainsi, «des magistrats et des juristes accueillent régulièrement des scénaristes», confie Florent Rives, du ministère de la Justice.

Une délégation de ce ministère ira d’ailleurs, du 10 au 14 avril, au Festival international des scénaristes de Valence, pour populariser cette offre d’accompagnement à l’écriture. Pour le téléfilm Le Piège afghan, le ministère de la Défense a même emmené la production «en Afghanistan, pour voir in situ ce qu’est la réalité de notre engagement militaire», détaille le capitaine Mickaël Molinié. 

«Au départ, les administrations avaient certaines réticences à accueillir des tournages ou des événements, mais finalement, cette activité se révèle être un formidable outil de motivation des agents, qui ressentent un sentiment de fierté», affirme Danielle Bourlange, directrice de l’Apie. Sans compter l’aspect financier: cette diversification rapporterait environ 10 millions d’euros aux différents sites de l’Etat. De quoi mettre un peu de beurre dans les épinards. Et surtout un peu de rénovation dans les bâtiments.

Une exception française

Les établissements n’en oublient pas pour autant leur mission de service public, qui reste prioritaire. D’ailleurs, les contrats comportent tous une clause d’impondérable. «Je me souviens du tournage d’un film organisé à l’Ecole militaire, qui a été soudainement bloqué parce que l’ancien président Nicolas Sarkozy avait besoin de la cour pour le décollage de son hélicoptère. Mais comme ce genre d’aléas sont prévus dans les contrats, il n’y a pas de problème», précise André Etancelin. 

Cette activité de location est une nouvelle exception française: aucun autre pays ne s’est encore organisé ainsi. Mais la France pourrait bien essaimer. En tout cas, les demandes de renseignement affluent…

Céline Boff
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