Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture
Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture - REVELLI-BEAUMONT/SIPA

INTERVIEW Alors que s’ouvre le 50e Salon de l’agriculture, le ministre revient pour «20 Minutes» sur ses ambitions pour l’agriculture française...

L’année 2013 s’annonce chargée pour le ministre de l’Agriculture: initiée avec le scandale de la viande de cheval, elle sera certainement mouvementée avec les négociations européennes sur la réforme de la politique agricole commune (PAC). A la veille de l’ouverture du 50e salon de l’agriculture, le ministre Stéphane Le Foll fait le point pour 20 Minutes sur les enjeux de la PAC et sur ses ambitions pour l’agroécologie.

La réforme de la PAC en 2013 devrait introduire des critères environnementaux dans l’attribution des subventions. Etes-vous favorable à ce «verdissement»?

La proposition faite par la Commission européenne est de verdir les aides versées à hauteur de 30% sur trois grands critères: la rotation et la diversification des assolements, les prairies permanentes et les surfaces d’intérêt écologique. Si la France n’avait pas été là, on ne parlerait même plus de ce verdissement car beaucoup de pays considéraient cela comme une régression. La France est favorable au verdissement et nous souhaitons que les critères environnementaux s’appliquent de façon pragmatique et harmonisée pour tous les agriculteurs en Europe sous peine de rencontrer des problèmes de concurrence et de compétitivité.

Pourtant la France est le plus gros bénéficiaire de la PAC et ceux qui en bénéficient le plus ne sont pas toujours les plus «verts»?

Je rappelle que la France est le plus gros bénéficiaire car les aides sont données à l’hectare et qu’elle est le pays disposant de la plus grande surface agricole en Europe. Cette aide est de 295 euros par hectare environ, soit exactement dans la moyenne européenne. Nous n’avons pas d’avantage indu. Nos agriculteurs n’ont pas à rougir des progrès faits en matière de respect de l’environnement, même si du chemin reste à faire.

Vous pensez que les contribuables européens vont vouloir continuer à financer ce système?

Le budget de la PAC, fait partie des enjeux et des défis majeurs pour l’avenir car sans politique publique, on ne peut pas rendre compatible le problème des revenus des agriculteurs, de l’accès à l’alimentation et de l’environnement. Sans cette politique publique  les prix seraient beaucoup plus élevés afin d’intégrer les demandes de la société mais beaucoup de gens auraient du mal à trouver à manger. Sans politique publique, les prix des denrées devraient être plus élevés pour rémunérer à un niveau correct les producteurs.  40 centimes par jour, c’est le coût pour chaque français de cette politique agricole commune. C’est le coût pour eux de l’accès à un prix raisonnable à une alimentation de qualité.

Est-ce que la PAC n’est pas une relique d’une politique agricole définie après la guerre qui a marché pour nourrir tout le monde mais qui est obsolète?

Cette politique agricole doit être réformée et rénovée. C’est tout le débat sur l’agroécologie. La PAC a été construite avec des soutiens aux prix agricoles or c’était tellement efficace pour soutenir la production qu’on est arrivé dans les années 1980 à avoir des stocks dont on ne savait plus quoi faire. On a mis des quotas pour stopper la production, mais le système devenait bancal et on est donc passé à des aides directes. Ce n’est plus le consommateur qui paye mais le contribuable. L’évolution vers l’éco-conditionnalité des aides est logique, c’est l’étape suivante.

Vous avez parlé d’agroécologie, est-ce une manière de ne pas dire «agriculture bio»? Ou voulez-vous soutenir le bio tel qu’il existe aujourd’hui?

Le bio est une partie de l’agriculture tout à fait intéressante et qu’il faut développer. Mais dans le Grenelle de l’environnement, l’objectif d’avoir 20% d’agriculture bio en 2020 laisse de côté les 80% qui restent. Est-ce que tout peut être bio? A mon avis non, parce que les prix ne permettraient plus de différencier ce qui est bio de ce qui ne l’est pas. Or, le prix doit être un peu plus rémunérateur en bio car il y a moins de rendement. L’agroécologie, c’est dire qu’au-delà du bio, il faut qu’on aille vers des modèles de production agricole moins consommateurs d’énergie, de pesticides, d’herbicides, d’antibiotiques pour l’élevage… tout en ayant une production équivalente. Je cherche à faire autant avec beaucoup moins, d’où normalement une meilleure marge pour l’agriculteur.

Quel sera le message de ce 50e salon de l’agriculture?

Ce sera un message de confiance dans l’agriculture française, dans sa diversité. Nous ne sommes pas dans l’idée d’imposer un modèle. On va devoir adapter nos méthodes de production aux écosystèmes et cette diversité est source de valeur ajoutée. Un message de modernité aussi, car je pense qu’un des grands défis du 21e siècle est de savoir comment on va produire autrement. Ces cinquante dernières années, on a favorisé la production avec toutes les conséquences négatives que cela a eu sur l’environnement et avec une consommation d’énergie fossile qui ne pourra pas être durablement préservées. La modernité de l’agriculture est d’être un des premiers secteurs à faire ce tournant de la performance économique et écologique.

Sur ce salon, les industriels ont une grande place. Ne faudrait-il pas l’appeler «salon de l’agriculture ET de l’agroalimentaire»?

Pour certains, la présence d’industries agroalimentaires au salon est choquante. Il faut bien voir qu’avant d’être un salon autour de l’agroalimentaire, le salon est un salon autour de l’alimentation en général. Est-ce qu’on peut accepter l’idée que dans l’agriculture et dans l’alimentation, il y ait une part d’industrie? Ca dépend du consommateur ou du citoyen: veut-il passer du temps à faire à manger le soir, par exemple? D’imaginer qu’on puisse se passer d’un schéma industriel dans l’alimentation, c’est conceptuellement intéressant mais pratiquement impossible. Néanmoins, il faut faire en sorte que cette part importante d’industrie ne remette pas en cause ce qui peut être fait autrement et qui mérite d’être respecté.

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