Stéphane Le Foll : «Qu’il y ait d’autres triches, c’est fort possible. Mais que ce soit généralisé, je n’y crois pas»

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Publié le 15 février 2013.

INTERVIEW - Le ministre de l’Agriculture revient pour «20 Minutes» sur le «cheval gate»...

Depuis une semaine, le scandale de la viande de cheval jette le doute sur les filières agro-alimentaires et diminue la confiance du consommateur. Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll a répondu à 20 Minutes sur les leçons à tirer de cette crise.

Le scandale de la viande de cheval est-il l’occasion de promouvoir la consommation de viande française?

On aurait pu se passer de ce scandale. Mais c’est l’occasion de réaffirmer la position française qui est d’obtenir,  pour les consommateurs, dans les produits transformés, la mention de l’origine de la viande.

Quand cette nouvelle réglementation pourrait-elle voir le jour?

Dès la semaine prochaine, nous allons travailler avec les acteurs de la filière française qui transforment des produits dans l’Hexagone afin de trouver un accord permettant d’informer les consommateurs sur une base volontaire. Le changement de la réglementation à l’échelle européenne, puisque l’étiquetage est une compétence du marché intérieur européen est une tâche est plus lourde. La France a demandé, en accord avec la présidence Irlandaise de l’Union européenne, à ce que le rapport de la Commission européenne sur cette question soit disponible non pas à la fin de l’année, mais dès cet été.

Ce scandale a mis à jour une cascade d’intermédiaires. Vous souhaitez limiter leur nombre. Comment?

Aujourd’hui, les traders sur la viande n’ont aucun agrément sanitaire, lorsqu’ils ne transforment pas la viande. Comment peut-on laisser des gens faire du commerce dans un domaine comme l’alimentation sans qu’ils soient eux-mêmes responsabilisés et contrôlés? J’ai saisi le commissaire européen le 13 février à Bruxelles.

L’intervention de l’Etat a-t-elle été suffisamment rapide?

J’ai été saisi de cette affaire vendredi dernier. En moins d’une semaine, nous avons pu remonter la chaîne et identifier l’origine du problème. Qu’est-ce qu’on peut dire de mieux?

Mais les inspecteurs de la direction générale de l'alimentation (DGAL) et de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) ne devraient-ils pas travailler plus étroitement pour plus d’efficacité?

Le ministère de l’Agriculture est compétent sur les questions sanitaires avec la DGAL et la DGCCRF est compétente sur les questions de fraudes et de tromperie. C’est pourquoi celle-ci a piloté toute l’enquête. Nous nous sommes coordonnés. Cela s’est plutôt bien passé, mais le travail en commun peut toujours être amélioré! Nous devrons en tirer un certain nombre de conclusions. Les services vétérinaires du ministère de l’Agriculture présents dans chaque abattoir et qui pratiquent en plus des contrôles inopinés ont vu leurs effectifs réduits en raison de la Révision générale des politiques publiques (RGPP) du précédent gouvernement. Une de mes priorités est d’améliorer leur efficacité et de limiter l’impact des baisses d’effectifs.

Selon l’UFC-Que Choisir, les autorités font «mine de croire qu’il s’agit d’un problème de fraude limité alors qu’il s’agit d’une pratique généralisée à l’ensemble de la filière agroalimentaire». Partagez-vous ce diagnostic?

Il ne faut pas exagérer. Après qu’il y en ait d’autres triches, c’est fort possible. Mais que ce soit généralisé, je n’y crois pas.

La Commission européenne vient d'autoriser à nouveau les pisciculteurs à nourrir les poissons d'élevage avec des farines de porc et de volailles. Est-ce vraiment compatible avec l’exigence de sécurité alimentaire?

La mesure qui entrera en vigueur le 1er juin 2013 a été adoptée au niveau européen en juillet, malgré un vote négatif de la France. En l’occurrence, il ne s’agit pas des farines animales dont on parlait pendant la crise de l'ESB, l'encéphalopathie spongiforme bovine, mais de protéines animales provenant de porcs et de volailles propres à la consommation, non introduits dans la chaîne alimentaire pour des raisons commerciales et conditionnées de façon à pouvoir être consommées par les poissons Nous avons émis un vote négatif non pour des raisons sanitaires mais compte-tenu des efforts faits par les opérateurs français pour garantir une alimentation uniquement à base de protéines de poisson.

Il n’y a donc pas d’inquiétude à avoir?

Non. Cette décision a été prise au niveau européen après une évaluation par l’Autorité européenne de sécurité des aliments.

Peut-on encore manger bien et pas cher?

Oui, bien sûr. Il y a des produits transformés à base de viande bovine française qui ne coûtent pas beaucoup plus cher.

Propos recueillis par Audrey Chauvet et Mathieu Bruckmüller
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