Lasagnes au cheval: Les agents de la répression des fraudes crient au manque de moyens

CONTROLE – Moins de personnels et moins de contrôles... Les syndicats de la Concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (CCRF) dénoncent une réorganisation qui vient nuire aux intérêts des consommateurs...

Céline Boff

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Un laboratoire allemand prépare un test ADN sur un plat de lasagnes.

Un laboratoire allemand prépare un test ADN sur un plat de lasagnes. — BERND THISSEN / DPA / AFP

«Heureusement il y a Findus…» C’est avec ce titre que le syndicat Solidaires de la Concurrence, la consommation et la répression des fraudes (CCRF) a interpellé la presse quelques jours après le début du scandale des lasagnes à la viande de cheval.

Cette organisation n’est pas la seule à être montée au créneau. «Qui peut aujourd’hui sérieusement s’étonner que l’Etat ne soit pas en mesure de prévenir les dérives que nous connaissons dans certains secteurs agroalimentaires?», a également réagi la CFDT Finances. Pour les syndicats, le «chevalgate» est l’occasion d’attirer l’attention des journalistes et du grand public sur les difficultés de leur administration.

Près de 600 emplois supprimés

Au cours des ces cinq dernières années, près de 600 emplois ont disparu à la CCRF, dont la moitié entre 2010 et 2012. La faute à la RGPP, la Révision générale des politiques publiques, qui a conduit, sous l’ère Sarkozy, au non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) compte désormais 3.000 agents.

Mais surtout, ces diminutions d’effectifs se sont accompagnées d’une réorganisation qui «a cassé l’unité de la DGCCRF», affirme Emmanuel Paillusson, du syndicat Solidaires. Concrètement, les missions ont été réparties entre les échelons régionaux et départementaux et surtout, le lien hiérarchique entre ces deux niveaux a été brisé. Ce qui entraîne des situations parfois ubuesques.

Prenons l’exemple d’un contrôle de restaurant. L’agent départemental peut désormais vérifier l’hygiène ou encore l’affichage des prix, mais pas la facturation. Car elle relève de la compétence de l’agent régional. «Il faut donc envoyer non plus un, mais deux agents pour un même contrôle», s’agace Emmanuel Paillusson. Sans compter qu’au niveau départemental, «le patron, c’est le préfet. Il peut décider de suivre ou non les demandes effectuées au niveau national par la DGCCRF. Vous imaginez que ce ne soit pas très pratique de travailler ainsi».

15% de contrôles en moins depuis 2010

Selon la CFDT, cette réorganisation aurait conduit «à une baisse du nombre de contrôles de 15% entre 2010 et 2012». Mais est-ce que les moyens et l’organisation de jadis auraient pu mettre à jour le scandale Findus, finalement découvert le 7 février par les Britanniques? «Peut-être, mais je ne peux pas l’affirmer. Si cette tromperie était sporadique, il aurait fallu arriver au bon moment. Et si elle était pérenne, il aurait fallu demander la bonne analyse», répond Emmanuel Paillusson. C’est là toute la difficulté du contrôle.

Chaque année, la CCRF réalise, dans l’un de ses 12 laboratoires, de multiples analyses, qui portent sur tous les produits -agroalimentaires, mais aussi jouets, vêtements, équipements, etc. Dans le seul secteur agroalimentaire, «4.000 contrôles sont effectués, dont 600 sur les produits carnés. Au total, en 2012, ces tests ont conduit à 34.500 prélèvements», avance Libération. Mais il y a bien des éléments à tester (bactéries, etc.) et  les tests ADN ne sont pas automatiques. Et ils sont chers. Anne Bauer, journaliste aux Echos, annonçait mercredi sur son compte Twitter que «les tests «lasagnes au cheval» coûtent 400 euros pièce minimum». Ajoutant: «Ça fait cher la barquette!»

 

En tout cas, et alors que l’Association nationale des industries agroalimentaires (Ania) demande à la DGCCRF de multiplier les interventions dans le secteur des viandes, les syndicats espèrent que cette affaire incitera le gouvernement à revoir l’organisation de leur administration. «Nous espérons que cette situation sera l’occasion d’une prise de conscience de la part du Premier ministre de la nécessité de revenir à une administration régalienne forte et unique afin de protéger les consommateurs et les intérêts économiques de tous», avance la CFDT.

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