La spéculation sur les marchés agricoles, grande oubliée de la réforme bancaire

FINANCE L'ONG Oxfam France publie mardi un rapport inédit sur les banques françaises qui spéculent le plus sur les matières premières alimentaires...

Claire Planchard

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Exploitation agricole dans le Tarn.

Exploitation agricole dans le Tarn. — LANCELOT FREDERIC/SIPA

Opération vérité. A l’occasion du lancement du débat sur le projet de réforme bancaire, mardi en séance plénière à l’Assemblée nationale, l’organisation Oxfam dévoilera pour la première fois un état des lieux des activités de spéculation sur les marchés des matières premières agricoles des établissements bancaires français.

Objectif: dénoncer une nouvelle fois la financiarisation des marchés agricoles et alimentaires (65% de financiers contre 35% de commerçants et producteurs physiques) et les effets de ces activités spéculatives sur l’augmentation de la volatilité et la hausse tendancielle des prix des denrées «avec les conséquences les plus dramatiques que l’on connaît pour les populations les plus vulnérables». «Aujourd’hui, 80% des personnes qui souffrent de faim dans le monde produisent eux-mêmes des aliments: pour eux, la hausse des prix n’est pas une bonne nouvelle», rappelle Clara Jamart, responsable de la sécurité alimentaire chez Oxfam France.

Des fonds qui ont la cote en France

Dans ce rapport intitulé «Ces banques françaises qui spéculent sur la faim», transmis à 20 Minutes, l’association pointe la multiplication, en France, de ces fonds indexés sur ces matières premières ou qui spéculent dessus depuis la crise alimentaire de 2008. «Les banques françaises ne sont pas les plus grosses spéculatrices en Europe -les banques allemandes par exemple font pire- mais la tendance est inquiétante», note Clara Jamart.

Côté palmarès, BNP Paribas arrive largement en tête avec plus de 55% de l’activité totale en termes de nombres de fonds (10) et de montants investis estimés (1.419 milliard d’euros), loin devant Natixis (un fonds, 620 millions d’euros), Société générale (quatre fonds, 467 millions) et Crédit agricole (2,25 fonds, 77 millions d’euros). Crédit mutuel, la Banque postale, Crédit coopératif et la Nef «feraient figure de banques responsables», écrit Oxfam, qui souligne toutefois que ces relevés ne sont «pas exhaustifs» compte tenu de la complexité et l’opacité de ces activités spéculatives.

Campagne de lobbying

Sollicitées par l’ONG, «BNP Paribas a nié faire de la spéculation, le Crédit agricole a annoncé qu’il fermerait trois de ses fonds mais pour de mauvaises raisons et BPCE a fait mine de découvrir leur existence», raconte Clara Jamart. «Notre objectif est de les faire se positionner sur le sujet et prendre des engagements à réduire puis à renoncer à ces activités de spéculation», poursuit-elle.

Plus globalement, ce rapport, premier volet d’une campagne au titre choc («Banques: La faim leur profite bien»), vise à interpeller les parlementaires français à l’occasion du lancement d’un débat crucial. «Le projet de loi actuel prévoit d’interdire uniquement les activités de spéculation en fonds propres des banques sur les marchés des matières premières agricoles alors que l’essentiel se fait aujourd’hui pour le compte des clients» relève Clara Jamart. Oxfam demande donc aux députés de revoir leur copie et de n’autoriser que les opérations «correspondant à un besoin légitime de couverture des risques liés à l’activité agricole sur les marchés physiques».

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