Eric, instituteur: «Je gagne 1.780 euros par mois, c’est loin d’être mirobolant»

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Publié le 8 février 2013.

INTERVIEW – Eric, instituteur en région parisienne, explique à «20 Minutes» pourquoi il s’estime insuffisamment rémunéré…

Le point d’indice, qui sert de base à la rémunération des fonctionnaires, ne sera pas réévalué cette année. La ministre de la Fonction publique Marylise Lebranchu l’a confirmé aux syndicats jeudi.

La grève organisée le 31 janvier dernier n’aura donc pas fait plier le gouvernement. Eric, 47 ans, instituteur dans une école maternelle du Val-de-Marne (94), faisait partie des fonctionnaires qui s’étaient mobilisés. Il a adressé à 20 Minutes ses bulletins de paie. Et défend sa position. 

Vous étiez en grève le 31 janvier. Pourquoi?

Je me suis mobilisé pour défendre la fonction publique dans son ensemble et l’Education nationale en particulier. Le 12 février, je me mobiliserai à nouveau pour participer au mouvement de grève dans l’Education nationale. Depuis plusieurs années, il y a une volonté de casser le service public, pour démontrer qu’il ne fonctionne pas. Et pour en faire un secteur rentable! C’est indigne. Je me bats pour obtenir des hausses de salaire et de meilleures conditions de travail. Je suis favorable à une refondation de l’école, mais pas telle que le gouvernement nous la présente aujourd’hui. L'école doit redevenir une priorité: les enfants le méritent.

Vous gagniez 1.510 euros nets en 2002 et 1.780 euros nets en 2012. Soit une augmentation de 17,9% en dix ans. C’est un peu moins que l’inflation (19,2%). Mais de par votre statut, vous avez droit à un logement, vous n’avez donc pas de loyer à payer…

C’est vrai, mais nous sommes de moins en moins nombreux à bénéficier de cet avantage-là. Je rappelle qu'il était inscrit dans le statut des instituteurs que leur hébergement était à la charge des communes. Et que celui-ci est grignoté régulièrement depuis par les villes qui récupèrent les locaux. Et puis, gagner 1.780 euros par mois, à 47 ans et en étant diplômé d’un bac+4, c’est quand même loin d’être mirobolant! En théorie, je ne me suis pas appauvri, mais depuis, j’ai fondé une famille, je dispose donc de moins d’argent qu’avant. Je pense être en droit de revendiquer une revalorisation salariale, qui va de pair avec une reconnaissance sociale, d’autant plus que nos conditions de travail se sont dégradées. J’ai 28 élèves dans ma classe, ce sont des enfants de 3 ans! En maternelle, certains instituteurs ont jusqu’à 32 enfants à gérer.

L’Education nationale va gagner des emplois supplémentaires. Demander en plus des hausses de salaires, en période de crise, n’est-ce pas vouloir le beurre et l’argent du beurre?

Dire que l’on demande trop pour des enfants, ça me dérange. Dans le Val-de-Marne, 120 postes vont être créés, mais nous avons 2.120 enfants supplémentaires… Et si l’on tient compte des mouvements et des départs en retraite, nous aurons seulement une quarantaine de créations de postes. De plus, je rappelle qu’au niveau national, 80.000 postes ont été supprimés ces cinq dernières années…  

Vous avez la sécurité de l’emploi. A l’heure où le chômage explose en France, ne trouvez-vous pas ces revendications déplacées?

Mais tout le monde devrait se battre, que ce soit dans le public ou dans le privé, pour obtenir mieux! Il n'est pas déplacé de demander à vivre de façon décente, avec un salaire qui permette à tout le monde de vivre. Je ne m’estime pas nanti, je ne pense pas avoir volé ce que j’ai, je ne suis pas un parasite!

Malgré la situation financière catastrophique de l’Etat français?

Le gouvernement peut faire des choix politiques, il doit aller chercher l’argent là où il est, plutôt que de sacrifier le service public et les enfants, qui sont les premiers à faire les frais de ces choix budgétaires.

Propos recueillis par Céline Boff
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