Comment la France se vend à l’étranger

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Publié le 18 janvier 2013.

REPORTAGE - Alors que la balance commerciale de la France –c’est-à-dire la différence entre ses exportations et ses importations– est nettement déficitaire (-71 milliards d’euros en 2011, un record), le Premier ministre a promis qu’en 2017, le déficit commercial du pays serait revenu à zéro, hors énergie. «20 Minutes» a suivi Nicole Bricq, ministre du Commerce extérieur de la France, lors de son premier voyage officiel à Istanbul, en Turquie...

De notre envoyée spéciale à Istanbul

Mardi 15 janvier, 7h30, aéroport Charles de Gaulle. Nicole Bricq grimpe dans un avion de la compagnie Turkish Airlines et s’installe en classe économique. «Elle voyage toujours ainsi, parfois même sur les longs courriers, comme lorsque nous avons rejoint Rio en vol de nuit», nous glisse l’un de ses conseillers.

>> Résorber le déficit extérieur, mission impossible?

L’heure tourne mais l’avion reste planté sur le tarmac. La neige a recouvert Roissy et la ministre s’impatiente. Elle est attendue à 13h, heure locale, à Istanbul. C’est son premier déplacement officiel en Turquie et le programme est chargé. Il le sera d’autant plus que l’avion atterrit avec une heure de retard.

La ministre a emmené avec elle des parlementaires et des patrons français de PME et de grands groupes. Cette délégation quitte au pas de charge la très confortable classe éco turque. Elle surclasse largement celle d’Air France. Et pour cause: Turkish Airlines reçoit des aides conséquentes de l’Etat turc. La compagnie est devenue si stratégique pour le pays que le Parlement a décidé de restreindre l’an dernier le droit de grève de ses salariés. Rien ne doit ralentir le développement de la Turquie, dont la croissance fait pâlir d’envie la France.

«Nous attendons maintenant François Hollande»

Quatre cent entreprises tricolores sont déjà implantées en Turquie. Il y a tout le CAC 40, mais aussi des PME. Ce n’est pas réciproque: les entreprises turques investissent peu en France. «Elles se montrent quand même intéressées, surtout dans les domaines de la sous-traitance automobile et de l’agroalimentaire halal», assure à la ministre un expert local. «Les liens tendus entre nos politiques n’ont pas facilité les choses», peste un homme d’affaires français. A commencer par l’opposition de l’ex-président Nicolas Sarkozy à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne.

Après une série d’entretiens, Nicole Bricq donne sa première conférence de presse aux médias turcs. Ali Sabanci, PDG de la compagnie low cost Pegasus, vient de confirmer une commande de 75 Airbus A320 Neo, avec 25 appareils supplémentaires en option. «Nous sommes heureux de la venue de votre ministre, nous attendons maintenant François Hollande», nous souffle un journaliste turc.

Une aide française de 550.000 euros

«Vous ne le savez sans doute pas, mais c’est chez nous qu’est né le kebab, vous devriez venir», glisse à la ministre Asim Guzelbey. Il est le maire de Gaziantep, une ville à la démographie galopante. «Nous ne vous laisserons pas repartir avant que vous ayez pris au moins 2 kg!» sourit-il. «J’ai une grande offre agroalimentaire à vous proposer, alors je reviendrai», lui répond Nicole Bricq. La plaisanterie est omniprésente dans les discussions.

Asim Guzelbey n’en oublie pas pour autant son nouveau dada: créer un éco-quartier pour 200.000 de ses habitants. C’est le premier projet de ce type en Turquie. La France, qui a aidé le pays a élaboré son plan Climat en 2007, compte bien se positionner. Les patrons français présents dans la salle se lèvent pour présenter leur savoir-faire. Le maire se montre très intéressé. Il l’est également par l’aide promise par Bercy: 550.000 euros pour accompagner sa municipalité dans la définition de ce projet. «Il y aura bien sûr des appels d’offres, mais ce partenariat devrait donner un avantage compétitif à nos entreprises», confie à 20 Minutes un proche du dossier.

Cinq heures de sommeil

Nicole Bricq a dormi cinq heures tout au plus. La veille, elle a participé au dîner de gala organisé par le Comité Colbert, qui représente le luxe français. Pour ces grandes maisons, la Turquie est devenue un marché prioritaire. Nicole Bricq débute sa deuxième et dernière journée à Istanbul par une rencontre avec le ministre de l’Energie. Ca discute nucléaire.

Puis elle s’entretient avec Zafer Caglayan, le ministre de l’Economie, devant un parterre d’entrepreneurs français et turcs. «La France va être très importante pour nous dans notre perspective d’adhésion à l’Union européenne (UE)», commence-t-il. Avant d’insister: «Si la Turquie avait été dans l’UE en 2011, la croissance de l’Europe aurait été de 1,8% au lieu de 1,5%». Nicole Bricq hoche la tête. «L’élection de François Hollande a changé nos relations», reprend Zafer Caglayan avant de rappeler que «600.000 citoyens turcs résident en France. Ils sont un pont pour nos deux pays». «Vu de France, la Turquie n’est pas un simple marché, mais un partenaire avec lequel nous voulons tisser des relations durables et profondes», martèle la ministre.

«La venue de Nicole Bricq a un impact énorme», nous assure au sortir de la réunion le directeur pays d’une entreprise d’ingénierie française. «Il faut renouer les relations. Dans notre secteur, les Allemands sont nos principaux concurrents, et ils parviennent à bien s’implanter en Turquie grâce à la forte communauté turque installée dans leur pays

Dans le Boeing Air France qui la ramène à Paris, Nicole Bricq a le sourire: «Ce déplacement en Turquie était urgent et nécessaire. Je veux que la Turquie devienne un partenaire économique privilégié de la France. C’est un nouveau chemin que nous ouvrons».

Céline Boff
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