Free Mobile a dévoilé ses cartes SIM lundi 9 janvier 2012 sur Internet.
 
Free Mobile a dévoilé ses cartes SIM lundi 9 janvier 2012 sur Internet.   - Free Mobile / Iliad

Claire Planchard

«Un vrai "illimité" qui ravit les consommateurs qui nous écrivent et nous appellent continuellement juste pour dire "merci Free", une croissance du parc d'abonnés unique au monde et une réputation désormais mondiale»: pour célébrer son premier anniversaire, ce jeudi à minuit, Free Mobile ne cachait pas son autosatisfaction sur sa page Facebook.

Objectif de rentabilité d’ici 2017

Un an après son arrivée en fanfare sur le marché français, le quatrième opérateur mobile peut en effet s’enorgueillir d’avoir conquis plus de 4,4 millions d’abonnés selon les chiffres du 3e trimestre publiés le 15 novembre. Mais aussi, comme promis, d’avoir révolutionné le marché en forçant ses concurrents à casser leurs prix.

Un succès commercial qui ne fait toutefois pas taire les critiques sur la viabilité de son modèle. En juin, avec près de 4 millions d’abonnés, Free Mobile s’arrogeait déjà certes 7,9% de part de marché, mais sa part en chiffre d’affaires chutait à 3,6% selon une étude de l’institut Kantar World Panel. Avec un chiffre d’affaires moyen par client inférieur de 55% à la moyenne.

Une situation d’autant plus tendue que l’opérateur, qui vise la rentabilité d’ici 2017, doit faire face à des investissements colossaux pour déployer son propre réseau: alors que sa couverture représente aujourd’hui 37% de la population, elle devra atteindre 75% à l’horizon 2015 et 90% en 2018.

Le contrat d’itinérance contesté

En attendant, Free Mobile monnaie très cher l’utilisation du réseau d’Orange dans le cadre de leur contrat d’itinérance: 500 millions d’euros en 2012, et plus d’un milliard d’euros cumulé sur trois ans, selon les estimations d’Orange. Sans toujours les résultats escomptés.

Si le dernier rapport de l’Arcep sur la couverture et la qualité des services mobiles révèle que les prestations de Free sont globalement dans la moyenne, certains abonnés de la première heure ont été déçus. «Étant constamment accroché à mon téléphone pour tout ce qui est mails et réseaux sociaux, le réseau de Free n'est pas à la hauteur», expliquait un de nos internautes reparti chez son ancien opérateur. Un reportage d'Envoyé Spécial diffusé jeudi soir sur France 2, met aussi une nouvelle fois en cause les moindres performance de Free Mobile pour la lecture de videos en ligne ou la navigation sur internet.



«On peut évidemment se réjouir de la baisse importante des prix, de la simplification des offres devenues plus lisibles et de la possibilité d’échapper à des engagements ou aux téléphones subventionnés, mais nous avons des doutes sur les bénéfices à long terme pour le consommateur en matière d’investissement et qualité du réseau mobile», note Edouard Barreiro, responsable des nouvelles technologies à l’UFC-Que Choisir.

Soupçons de concurrence déloyale

En cassant les prix coûte que coûte, les opérateurs ont en effet considérablement réduit leurs ressources pour améliorer leur réseau 3G et investir dans la 4G. Une raison de plus selon eux pour dénoncer l’accord d’itinérance dont bénéficie Free.

«Ce type d’accord a un mérite du point de vue de l’ouverture du marché, mais il doit être cantonné dans le temps et l’espace. Permettre à un quatrième opérateur de se développer sans consentir les mêmes investissements que les autres, ça revient à lui faire courir un 100m avec des chaussures de sport alors que les autres sont en chaussure de ski. Tout le monde doit avoir les mêmes chaussures», explique Didier Casas, secrétaire général de Bouygues Telecom. SFR a même porté plainte contre Orange et Free auprès de la Commission européenne. Leur crainte: que le contrat soit renouvelé ou qu’un nouveau contrat soit conclu sur la 4G.

Conscient du problème, le gouvernement a demandé à l’autorité de la concurrence de déterminer si Free ne dispose pas effectivement d’un «modèle de déploiement durablement plus avantageux que ses concurrents». Cet avis attendu en février n’est pas contraignant juridiquement, mais pourrait modifier le plan de conquête de Free Mobile.