Taxis en grève: La profession est-elle réellement menacée?

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Publié le 10 janvier 2013.

TRANSPORT - Un mouvement national de protestation des taxis se déroule ce jeudi dans une quinzaine de grandes villes françaises...

C’est la plus grosse opération des chauffeurs de taxis depuis janvier 2008, quand ils s’étaient opposés au rapport de la commission «Attali» qui préconisait «la déréglementation de la profession». Cette fois, ils s’insurgent notamment contre la possibilité pour la Sécurité sociale, prévue dans le cadre de son projet de loi de finances 2013, de lancer des appels d'offres pour le transport des malades assis, les artisans craignant que l'activité soit désormais trustée par de grands groupes d'opérateurs. Autre point de friction: la concurrence «déloyale accrue» des véhicules de tourisme avec chauffeurs (VTC) issue d’une loi de 2010.

«Mort programmée»

Craignant la disparition de 30.000 emplois à court terme, selon les chiffres de la Fédération nationale du taxi (FNDT), le secteur a décidé de passer à l’action jeudi avec un mouvement national de protestation. Des cortèges se sont constitués dès l’aube dans 15 grandes villes avec à la clé des des perturbations sur tout le territoire.

>> Le point sur les perturbations, c'est par ici

La journée promet d’être animée. «Le lent processus d’éradication de notre métier est en phase finale. Nous ne pouvons accepter cette mort programmée sans livrer un ultime combat», clame la FNDT. Car avec un chiffre d’affaires annuel d’environ deux milliards d’euros, les 55.000 taxis ont la désagréable impression de voir leur part de marché se rétrécir. A Paris par exemple, près de 500 sociétés de VTC rivalisent pour certaines avec les 17.000 professionnels de la capitale. «Il y a plus de 60.000 équivalents VTC à Londres et plus de 50.000 à New York pour respectivement 22.000 et 15.000 taxis environ. Il n'y a pas de raison que Paris ne connaisse pas la même offre complémentaire», lâche Yan Hascoët, cofondateur de Chauffeur-Privé.

«Libre choix du patient»

«Cette concurrence déloyale n'est pas maîtrisée, s'indigne Didier Hogrel, président de la FNDT. Depuis la loi de 2010 créant les voitures de tourisme avec chauffeur, plus de mille véhicules de ce genre circulent dans la région. Cela a un impact direct sur notre chiffre d'affaires», expliquait-il l’an dernier à 20 Minutes. « Ces véhicules ne jouent vraiment pas le jeu, confirmait Tewik Rahal, chauffeur de taxi parisien. Normalement, ils ne devraient fonctionner que sur réservation, mais on en voit prendre des clients à la volée, ce qui est interdit. Entre ça et les taxis clandestins, depuis quelque temps, je dois travailler beaucoup plus longtemps pour gagner autant.» 

«On est en dessous du Smic horaire»

Mais la perte du transport de malade assis, qui chez certains taxis en zone rurale représente jusqu’à 80% des revenus, par la mise en place d’appels d’offres de marché publique par les Agences régionales de santé, est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Elle occulte le «libre choix du patient», tempête Didier Hogrel. Mais s’appuyant sur un rapport de la Cour des comptes, le gouvernement estime que les frais de transports coûtent trop cher à la Sécu. «Moins de 3% de son budget et là-dessus les taxis ne représentent que  35% des dépenses », rétorque Didier Hogrel. « L'ultime but étant de faire péricliter nos chiffres d’affaires et de dévaluer la valeur de nos fonds de commerce afin que nous disparaissions», lance la FNDT. L’an dernier, une licence valait à Paris 240.000 euros selon le think-tank Ifrap pour un revenu brut mensuel, selon le nombre de jours travaillés compris entre 3.500 et 5.000 euros. Les chauffeurs salariés quant à eux ont un salaire de 1.500 à 2.200 euros brut par mois.

Selon Didier Hogrel, un chauffeur de taxi gagne en moyenne, en France, 22.000 euros par an pour plus de 70 heures de présence par semaine. «On est en dessous du Smic horaire», lâche-t-il.

M.B.
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