Tout dépend désormais de lui. Ulcos est le dernier espoir des hauts fourneaux de Florange et de leurs salariés. Ce projet est en effet la clef de voûte de l’accord passé vendredi soir entre le gouvernement et Lakshmi Mittal, patron d’ArcelorMittal. Si le premier renonce à nationaliser le site de Florange, le second s’engage, entre autres, à maintenir les hauts fourneaux en état de marche. Et ce, en attendant que la France décroche le projet Ulcos de captage de CO2. Mais de quoi s’agit-il précisément? 20 Minutes fait le point.
Ulcos, pour Ultra-low carbon dioxide steelmaking, est un projet présenté comme pilote en matière d'énergies propres. Concrètement, il s’agit de capter le C02 émis lors de la phase de réduction, c’est-à-dire lorsque les boulettes de fer passent dans les hauts fourneaux. Le C02 capté serait ensuite stocké sous terre, dans des réservoirs géologiques, nommés aquifères salins.
Cette opération permettrait donc de réduire les émissions de CO2 des hauts fourneaux - le gain est estimé à 20% - et, par conséquent, de limiter le coût des quotas qui y sont associés. Ce qui redonnerait de fait un peu plus de compétitivité aux hauts fourneaux français. Ce projet industriel «d’avenir pour la sidérurgie», comme il est présenté par le gouvernement, est d’envergure européenne: il est porté par un consortium de 48 entreprises de l'UE, avec à sa tête ArcelorMittal.
Il est pour l’heure encore hypothétique. Le projet va être examiné en comité le 13 décembre, puis la Commission européenne rendra sa décision le 20 décembre. Il devrait a priori être validé, mais rien n’est gagné, car il n’est pas seul en course. Il est en effet en concurrence avec quatre autres projets: celui de Belchativ en Pologne, de Green Hydrogen aux Pays-Bas et de Porto Tolle en Italie.
Ulcos n’est pas un petit projet. Montant total estimé: 650 millions d'euros. Et son financement est pluriel. L'Union européenne apporterait 240 millions, l’Etat français, 150 millions, les collectivités territoriales, 30 millions, et l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), 10 millions. Le reste serait financé par les entreprises. Et notamment par ArcelorMittal, censé poser 200 millions sur la table. Le fera-t-il, alors qu’il a également promis au gouvernement d’investir 180 millions d’euros sur cinq ans dans l'activité transformation de l'acier?
En tout cas, l’Etat français se dit «prêt à augmenter sa participation pour accompagner activement ce projet». «Ma conception du rôle de l’Etat est qu’il doit animer, impulser, réguler l’activité économique, et protéger les intérêts stratégiques. C’est pourquoi, il doit investir lui-même dans les projets d’avenir qui ne sont pas immédiatement rentables. C’est l’exemple d’Ulcos», estime le Premier ministre Jean-Marc Ayrault.